« Ambiguïtés » de Elliot Perlman
Cette énorme brique (près de 860 pages quand même) dormait depuis quelques années dans ma PAL. Grâce à une lecture commune, je l’ai enfin exhumée. Et quelle bonne idée ! Car même si le sujet et l’épaisseur du livre peuvent effrayer, c’est un régal à plusieurs niveaux.
Un petit résumé : Simon, jeune trentenaire, brillant diplômé, est un instituteur au chômage. Il passe ses journées à boire, à lire de la poésie, à promener son chien Empson et voir son amie Angela, une jeune prostituée. Mais surtout, il ne cesse de penser à Anna, son amour de fac, qui hante ses nuits et ses jours, malgré que leur relation a pris fin depuis plus de dix ans. Il est obsédé par elle, à un tel point qu’un jour il enlève son petit garçon, Sam, à la sortie de l’école.
Elliot Perlman, à partir de cette trame, réalise un extraordinaire roman à plusieurs voix. Mais son tour de force réside dans l’absence de répétition des scènes d’un narrateur à l’autre. Bien que chacun part du drame pour raconter son histoire, le récit avance et ne stagne pas sur l’enlèvement. L’écrivain, au travers des différents témoignages, aborde le passé, le présent mais aussi le futur de chacun de ses personnages.
Le début m’a semblé un peu fastidieux. Dès que le premier narrateur prend la parole, la confusion règne, on ignore qui parle. J’ai été contente quand cette première partie s’est terminée. Mais ensuite, tout s’enchaîne de manière fluide et cet écueil ne se reproduit plus. On est happé par l’histoire qui se (re)construit peu à peu au fil des interventions. Le seul autre défaut que je pointerais est la présence de quelques longueurs dans certaines parties. Notamment celles concernant le métier du mari d’Anna, courtier en bourse ou celles traitant de la réforme du système des soins de santé en Australie. Mais au final, cela ne m’a pas tant dérangé. Il faut aussi souligner que tout n’est pas rose dans ce roman. Chacun se retrouve malmené par la vie, à des degrés divers.
Beaucoup de sujets sont abordés par l’auteur : la famille, le divorce, le chômage, la politique, le système social, les soins de santé, la shoah, le système scolaire (primaire et universitaire), la religion, … Mais surtout le système judiciaire. On peut dire que Elliot Perlman ne donne pas le beau rôle à la police et ne nous offre pas une belle image de la justice australienne. Mais ce roman est tellement vaste et complexe que citer tout ce qui est évoqué par Elliot Perlman serait impossible. Sachez seulement qu’il est d’une richesse incroyable et déborde d’idées.
La construction du roman est vraiment brillante. Plus on avance dans le récit, plus on s’aperçoit que ce qu’on pensait au départ n’était qu’illusion et que la réalité est bien plus compliquée. En plus, malgré que l’histoire soit racontée par différentes personnes, il n’y a aucune redondance tant la manière d’aborder les témoignages est originale. Le romancier australien possède un véritable sens du suspens. Certaines réponses, que l’on brûle de connaître assez rapidement, ne nous sont révélées que dans les toutes dernières lignes.
Le choix du titre est très judicieux car ce roman montre en effet toute l’ambiguïté qui peut régner dans les relations humaines, les fausses impressions, les a-priori, les jugements qu’on a sur les gens. Quelque soit la personne qui parle, elles nous montrent les personnages sous des jours tellement différents que nos opinions n’arrêtent pas de se modifier au fil du roman. Et cela ne m’était jamais arrivé à ce point et sur autant de personnages !!! Et une fois la dernière page tournée, je me dis : on ne connaît jamais réellement quelqu’un ! Ce sont les circonstances et notre vécu qui façonnent notre opinion sur les gens. Et leurs actes bien sûr ! Mais là aussi, notre vécu et notre situation nous permettra de mieux excuser ou comprendre certains actes que d’autres.
Un excellent roman, vraiment, dont je conseille la lecture ! Mais prevoyez du temps devant vous ou entrecoupez la lecture par d’autres plus courtes et plus légères. Ce que j’ai fait. Je ne sais pas si j’aurais pu le lire d’une traite !
Les avis de Pom’, Les chats de bibliothèque et Hélène


Merci pour ce billet très intéressant et très éclairant sur ce roman, Manu. Il m’avait fortement tentée dès sa sortie… mais j’hésitais, et encore maintenant je n’arrivais pas à me décider, car je ne savais pas trop qu’attendre de ce pavé. Donc pourquoi pas, compte tenu de la richesse de la narration, tant sur le plan du contenu que dans sa construction, mais en connaissance de cause (les quelques longueurs, la difficulté éventuelle à le lire d’une traite etc.).
« La construction du roman est vraiment brillante. Plus on avance dans le récit, plus on s’aperçoit que ce qu’on pensait au départ n’était qu’illusion et que la réalité est bien plus compliquée » : ce roman est pour moi, tout à fait ce que j’apprécie dans un livre. Je l’ai noté depuis un bout de temps et j’ai lu un billet récent chez Pom’ qui soulève les mêmes difficultés que toi mais sort tout de même très enthousiaste de sa lecture. Je souligne donc.
Ah oui, sacré pavé ! Mais je n’arrive pas à lire deux livres en même temps, ou plutôt je n’y arrive plus. Mais si on est happé par l’histoire, comme tu le dis, ça ne doit pas être un problème d’être concentrée dessus… En attendant, le pavé du tueur aveugle m’attend !
Brize : j’avoue que j’étais comme toi et sans cette lecture commune, je ne sais pas quand je me serais décidée. Cela dit, je me demande pour la difficulté à le lire d’une traite … La lecture commune « imposait » une centaine de pages par semaine. Le rythme m’a convenu et les coupures me plaisaient. Mais peut-être qu’un autre lecteur préfèrera le lire en une fois.
Ys : il n’est en effet pas impossible que tu apprécies ce genre. Et en effet, Pom’ était aussi une participante de la lecture commune. Toutes ont aimé avec les mêmes légères réserves. Mais je crois avoir déjà vu des avis négatifs sur ce livre. Ca me fait penser que j’ai oublié de chercher les autres billets !
Neph : je n’y arrivais pas non plus avant et depuis peu, j’y prends goût
J’espère que « Le tueur aveugle » te plaira. C’est en effet aussi une sacrée brique !
Décidément, tu sais donner envie de lire un livre ! Bon la seule petite chose, c’est que je suis incapable d’entrecouper mes lectures. Quand je commence un livre, si je m’arrête, c’est que je ne le terminerai surement jamais. Mais les pavés, si ils sont intéressants, ne me font pas peur. Même pas peur Cécile !
J’ai du mal à entrecouper mes lectures mais si ça t’a plu, je note! On verra bien si je réussis à m’accrocher!
Je le note, si jamais je me décide à le lire, je suivrais ton conseil de l’entrecouper avec d’autres romans, çà peut aider en effet.
Restling : je n’y arrivais pas non plus, jusqu’il y a peu. Et j’y prends goût et j’ai de plus en plus souvent deux et même trois livres en cours
. Dans ce cas, c’est l’expérience de la lecture commune qui m’a poussée et c’était une belle expérience !
Karine
: je pense que beaucoup de gens y arrivent et encore une fois, c’est le hasard qui a fait que je l’ai entrecoupé
Mais, c’est vrai que j’ai trouvé ça approprié et que depuis, j’ai deux livres en cours en même temps !
Aifelle : j’ai trouvé en effet. Mais cela dit, chacun fait selon son habitude et son envie
Les pavés ne me font pas peur, j’ai envie quand même. mais je ne connaissais ni le titre ni l’auteur (merci Manu… ^_^)
J’ai failli l’acheter plusieurs fois et la semaie dernière, je l’ai aperçu à la bibli ! A lire donc ! très chouette billet qui donne envie !
keisha : comment tu ne connaissais pas ? Mais où étais-tu il y a quelques années ?
freude : c’est drôle comme beaucoup d’entre nous tournent autour de ce livre sans oser se lancer ! Je suis rassurée de voir que je n’étais pas la seule ! Merci pour le compliment car ce billet n’a pas été facile tant ce roman est dense et foisonnant.
Il est dans ma LAL, comme c’est un pavé, il attendra cet été. Bon dimanche, Manu
Hum, même si tu écris que la narration de ce roman est superbe, je ne sais pas si j’arriverais à terminer cette première partie qui est fastidieuse.
)
(Et puis les 800 pages me donnent le vertige. Je le note avec un petit bémol à côté.
Stephie : bonne idée d’attendre les vacances !
Leiloona : cette première partie est assez courte, une cinquante de pages à tout casser. J’aurais dû le préciser. C’est peu sur un roman de cette taille. Par contre, si l’épaisseur te rebute, je ne peux rien y faire
800 pages ? moi ça me fait très très peur et il faut que je sois vraiment très motivée pour me lancer comme c’était le cas avec Terreur de Dan Simmmons et ses quelques 700 pages. Je te trouve très courageuse.
Je n’ai pas peur non plus des pavés, j’en ai même quelques-uns qui m’attendent dans ma PAL ( dont Les bienveillantes, 1400 pages quand même… ) mais je les réserve plutôt aux vacances comme Stephie. Surtout qu’en ce moment, j’ai moins de temps pour lire. Je note ce titre, et j’attends de lire d’autres articles.
Bon dimanche Manu!
Il me semble que ce livre fait déjà partie de ma PAL, il faut que je vérifie…À force d’en acheter et d’accumuler, je vais bien finir par en avoir en double !!
Ca m’intéresse… L’histoire me tente, ça m’a l’air prenant… et le nombre de pages ne me fait pas peur
Au moins, tu ne caches pas les défauts du livre: on est prévenu! Tu me donnes envie de lire cette histoire. Tant pas ou tant mieux pour les 800 pages!
Laetitia la liseuse : moi, j’aime les pavés en fait
Pimprenelle : Les bienveillantes, là, je dis chapeau ! Moi, vu mes courtes vacances, ça me ferait peu de pavés
Florinette : on en est tous là
Hathaway : je te le conseille ! Il est en effet prenant !
Mango : les défauts sont vraiment minimes par rapport à la taille du livre. Les 800 pages sont justifiées
PS : ton lien renvoie vers ton ancien blog.
bonsoir manue des fois les pavés font peur moi aussi j’interromps par des livres plus courtes je trouve celà moins fastidieux,qouique un bon livre qui te prend bien là au fond de l’estomac même un pavé je réusssis à l’avaler avec du temps quand même mais j’avoue que des fois celà me fait peur maintenant les gros pavés ..
C’est vrai que parfois, on est tellement pris dans une intrigue, que même si c’est un pavé, on ne peut pas le lâcher ! Bonne soirée Noisette.
Idéal pour mes futures vacances. J’aime bien de temps à autre me plonger dans un gros pavé, surtout si comme tu le dis, il est construit. Je me souviens de critiques élogieuses à son égard lors de sa parution. En voilà une de plus !
Je pense en effet qu’il pourrait te plaire
Bonjour, Manu, ce roman fait partie de ma PAL depuis pratiquement sa parution. J’avais eu l’opportunité de l’acheter. Il faudrait que je pense à le lire surtout que tu n’es pas la première à en dire du bien. Bonne journée.
dasola : il nécessite du temps mais vaut vraiment la peine. En plus, si il est déjà dans ta PAL, tu n’as plus d’excuses !
C’est le livre que je vais lire …
Bonne lecture