« American Darling » de Russell Banks

Ecrit le 18/04/2008 par manu ()

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Une fuite africaine

American Darling est un roman foisonnant qui dépeint la vie de Hannah Musgrave à différents moments de sa vie, périodes qui se chevauchent tout au long du récit, sans jamais que cela paraisse embrouillé pour le lecteur. Mais Hannah n’est pas la seule héroïne du livre : le Libéria et son histoire occupent aussi une place de choix.

Au fur et à mesure du récit, on apprend qui est cette femme, Hannah : une femme de 59 ans, qui vit comme une recluse dans une ferme « écologique » au milieu des Adirondacks, avec pour seule compagnie ses chiens et ses amies qui viennent l’aider pour le travail agricole. Un beau matin, elle se réveille après avoir rêvé de l’Afrique, son « Afrique ». Elle sait qu’elle doit y retourner : retrouver ses fils, qu’elle a du abandonner au Liberia en pleine guerre civile, mais surtout, retrouver ses « rêveurs », les chimpanzés qu’elle essayait de sauver des laboratoires et des autochtones, qui voyaient en eux de « la viande de brousse ».

C’est le début de l’histoire d’Hannah. De sa jeunesse révolutionnaire au sein des « Weathermen », une association de gauche, au sein de laquelle elle s’engagera pour faire valoir les droits civiques des noirs et qui la plongera dans la clandestinité. Recherchée par la CIA (du moins le croit-elle), elle fuira en Afrique où son périple la mènera au Ghana puis au Libéria. En décrochant un job dans un laboratoire, elle rencontrera Woodrow Sundiata, homme partagé entre sa fonction ministérielle auprès du président Doe et ses racines tribales, qu’elle finira par épouser. Ils auront 3 fils. La vie de Hannah se passera cahin caha dans cette Afrique, jusqu’à ce que la guerre civile éclate et que sa vie bascule.

« American Darling » est un roman que je n’aurais sans doute jamais lu s’il n’avait pas fait partie de la sélection finale – romans étrangers de Critiques Libres à laquelle j’ai décidé de participer. L’histoire de l’Afrique ne m’attire pas particulièrement et surtout je craignais que le récit ne soit trop violent pour ma sensibilité. Nul n’ignore que toute guerre comporte son lot de violences et de tortures ignobles et que les guerres tribales africaines ne sont pas en reste. Bref, je partais avec un certain apriori sur ce roman. Le seul incitant positif que j’avais était que je souhaitais lire un roman de Russell Banks, même si je n’aurais pas choisi celui-là. Et pourtant, au final, j’ai beaucoup apprécié cette lecture. Et ce, à plusieurs niveaux. Premièrement, il nous apprend énormément de choses sur l’histoire de l’Afrique et des Etats-Unis. Que ce soit au sujet du rôle que joue la plus grande puissance mondiale dans la plupart des événements politiques du continent africain, des enfants soldats, des manipulations politiques, … Bref, on ressort plus intelligent de cette lecture. En plus, curieusement, j’ai été intéressée par le sujet. Il faut dire, et là vient mon deuxièmement, que Russel Banks écrit diablement bien ! Il a la plume facile et une écriture très agréable à lire. La construction est très habile. Les différentes époques de la vie de Hannah se chevauchent sans que la compréhension du récit en pâtisse. Au contraire, il sème des indices tout au long du récit et laisse monter un certain suspens pour ne dévoiler certains évènements qu’en fin de roman. Troisièmement, contrairement à mes craintes, il n’y a pas trop d’horreurs racontées. Il y a quelques passages difficiles mais très rapides et brefs. Même s’ils ne sont pas agréables, ils n’ont pas été non plus traumatisants pour l’âme sensible que je suis. Puis, je pense qu’ils étaient inévitables.

En ce qui concerne le négatif, j’ai été déçue par le personnage d’Hannah. Quelle femme froide ! Plusieurs fois dans le récit, elle dit qu’en expliquant sa vie, on comprendra pourquoi elle était si froide. Mais non, désolée, mais je n’ai rien trouvé dans son enfance qui justifie un caractère si imperméable à toute émotion. J’aurais sans doute apprécié qu’elle ressente plus de sentiments. Il m’a été impossible d’éprouver quoi que ce soit pour ce personnage. C’est le regret que j’éprouve vis-à-vis de ce livre. Je l’ai finalement lu assez froidement et sans émotions, sauf à l’égard des chimpanzés mais sûrement parce que ce sont les seuls êtres vivants pour lesquels elle ressent des sentiments. Beaucoup de lecteurs ont trouvé que c’était un superbe portrait de femme. Je suis assez mitigée. Elle m’a paru très égocentrique et ne jamais vraiment s’investir, que ce soit pour la cause, pour ses enfants ou pour son mari. Les raisons qui l’ont poussée à s’engager dans telles ou telles voies ont toujours été plus une question de fuite que d’engagement véritable. Sauf pour ses chimpanzés.

En conclusion, j’ai trouvé que c’était un très bon livre et Russell Banks un écrivain digne d’intérêt, dont je lirai d’autres œuvres, peut-être « De beaux lendemains », dont j’ai lu de bonnes critiques.

Lu dans le cadre du challenge ABC 2008

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Il y a 8 commentaires sur ce billet

  1. jbj dit :

    Je suis sûr que ça me plairait bien ce bouquin. L’histoire de l’Afrique m’intéresse, et en plus si il y à des révolutionnaires de gauche…;)

  2. Karine dit :

    Je suis très curieuse de connaître l’auteur et le sujet m’intéresse beaucoup à priori… par contre, tes réticences au sujet du personnage principal me font hésiter un peu… Quand je n’ai pas de sympathie pour le héros, normalement, j’accroche peu…

  3. manu dit :

    @ jbj : clairement le genre de bouquin qui te plairait ;-)

    @ Karine : Personnellement, le personnage d’Hannah ne m’a pas empêché d’apprécier la lecture. D’autres internautes l’ont trouvée très courageuse et l’ont mieux comprise que moi. Ca dépend sans doute de la sensibilité de chacun. C’est à toi de voir :-)

  4. Cécile dit :

    A voir… Habituellement, je ne suis pas trop attiré par les romans un peu trop « politiques » ou « historiques », j’ai toujours peur de ne pas suivre…
    Mais en même temps, ça ne me ferait pas de mal d’ouvrir un peu mon horizon littéraire.

  5. manu dit :

    Je ne l’aurais sans doute jamais lu de ma propre initiative et il m’a quand même fallu plus d’une semaine pour arriver au bout, non pas parce que je ne le lisais pas dès que j’avais un moment de libre mais tellement il est dense. Mais je ne le regrette pas. Cela dit, je comprends tes réticences.

  6. keisha dit :

    Bonjour,
    J’aime bien Russell Banks et j’ai aussi lu « De beaux lendemains ». American Darling m’attirait car je connais des Liberiens, et l’histoire récente de leur pays (ouf, pas trop de détails difficiles dans le bouquin, mais le fait que leur président ait été filmé est véridique!!!)
    Sur le thème des enfants-soldats au Liberia et Sierra Leone, lire « Allah n’est pas obligé » d’Amadou Kourouma.

  7. manu dit :

    Je prends note de ce titre mais pour plus tard. Merci du conseil :-)

  8. [...] Meyre, Bernard, Biblioblog, Clarinette, Frisette, Goelen, Jo Ann, Jules, Maxi, Manu, Restling, Sylire, [...]

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