« Crampton Hodnet » de Barbara Pym

Ecrit le 15/08/2008 par manu ()

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Vous reprendrez bien un peu de thé?

Barbara Pym a commencé la rédaction de ce roman en 1939, peu de temps après la déclaration de guerre. Bien qu’il fut rapidement achevé, elle décida de ne pas le faire publier une fois la paix retrouvée, le considérant trop ancré dans son époque. C’est pourquoi, il ne fut édité qu’en 1985, à titre posthume. En qualité de première oeuvre, il souffre de quelques défauts mais qui sont vite oubliés pour l’amatrice que je suis.

Dans la ville de Oxford Nord, la vie s’organise autour du Collège et de l’Eglise. Et entre ces deux institutions, quoi de plus importants que les thés organisés chez les uns et les autres, source de ragots et autres commérages? Dans ce roman, Barbara Pym articule son intrigue autour de trois idylles, dont les péripéties se déroulent sous nos yeux de lecteurs avec un humour mordant dont seuls les britanniques ont le secret. La première, la seule à se montrer au grand jour, se noue entre Anthea, la fille d’un illustre professeur du Collège d’Oxford, et un de ses étudiants. La deuxième, moins conventionnelle, attire le vicaire Latimer, séduisant homme d’Eglise, vers Miss Morrow, la dame de compagnie de Miss Dogget, la vieille jeune fille chez qui il loge. Le jeune homme espère qu’en se mariant, il fera enfin fuir toutes les vieilles filles et les veuves qui ne cessent de lui courir après. Ah s’il n’était pas aussi séduisant, sa vie en serait simplifiée. Enfin, la troisième romance rapproche le professeur Cleveland et Miss Bird, une de ses étudiantes. Sans doute, l’aventure la plus comique des trois, elle donne lieu à une série de quiproquos dignes d’un vaudeville.

Barbara Pym, ethnologue de formation, rassemble déjà dans ce premier roman ce qui deviendra ses personnages fétiches : les vieilles jeunes filles, qu’elles soient d’un âge avancé ou non, les mères dominatrices, les épouses qui se sont désintéressées de leur mari, les hommes effacés et surtout les gens d’Eglise qui occupent une place centrale dans la communauté. La romancière n’épargne pas ses contemporains qu’elle décrit comme désoeuvrés, passant leur temps à observer leur voisins, à propager des rumeurs sur base d’histoires extrapolées à partir d’un geste qu’ils ont interprétés et surtout à se mêler des affaires d’autrui, en prodiguant des conseils sur ce qu’il faut faire en telle ou telle situation, surtout si on ne s’est jamais trouvé dans le cas. Miss Dogget, par exemple, la vieille jeune fille, n’hésite pas à dire aux femmes mariées ce qu’elles doivent faire avec leur maris !
L’époque est encore fortement marquée par les titres et les origines sociales qui déterminent la qualité et l’intérêt porté à une personne. Ainsi Simon Beddoes, le prétendant d’Anthea est issu d’une famille respectable de Chester Square à Londres. Son idylle est donc vue d’un très bon oeil par Miss Dogget, qui encourage même cette relation.

Je ne peux m’empêcher de reprendre une phrase que j’avais déjà écrite il y a quelques années au sujet d’un autre roman de Barbara Pym :  » A ceux qui croiraient que la romancière anglaise propose des romans gentillets et soporifiques, ils se trompent. Sous les fausses apparences de calme et de routine, Barbara Pym critique férocement les travers de l’Angleterre profonde. Personne n’est épargné. Elle porte un regard ironique et attaque sans pitié les valeurs d’une société conservatrice. Délicieux ! On se croirait dans le décor d’un roman d’Agatha Christie, le meurtre en moins. »

J’aime beaucoup le charme suranné et l’humour anglais qui se dégagent des romans de Barbara Pym. Je déplore que ses romans aient été retirés du catalogue des éditions 10/18 et aujourd’hui, peu de ses livres sont disponibles en dehors des bouquineries. Dommage.

Lu dans le cadre du challenge 2008

Reglette regime

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Il y a 19 commentaires sur ce billet

  1. Lewerentz dit :

    Tout à fait d’accord avec votre commentaire. J’ai lu ce roman au début de cette année et je l’avais également beaucoup aimé.

  2. Ys dit :

    Mais non, mais non, console-toi ! J’ai acheté au printemps « Un brin de verdure » à la FNAC de Tours où il y avait d’autres romans de Pym disponibles chez Bourgois en format poche (couverture blanche très austère). Bon, je ne l’ai pas encore lu mais ton billet réveille mon envie.

  3. noisette27 dit :

    Bon je vois encore un écrivain que j’aimerais lire, très difficile tous ces livres entre toi et Niki, mon budget ne suit plus sans parler du manque de place à la maison!!

    Je trouve que bien des romancières anglaises sont formidables, celà doit être dans leurs gênes, d’écrire si bien

  4. manu dit :

    Merci Lewerentz. Barbara Pym est un auteur, malheureusement trop peu lue !

    Ys : oui, il y a en effet quelques romans chez Bourgeois, mais on est loin de tous ses romans. J’ai lu « Un brin de verdure », qui était son dernier roman. Ce n’est pas son meilleur, mais je suis sûre que tu passeras un très bon moment !

    noisette : je te comprends ! En effet, les anglaises ont un don pour écrire.
    Mais tu sais j’ai le même problème de stockage de livres dans mon petit appartement ! D’ailleurs je viens d’acheter deux bd’s conseillées par Caro ;-)

  5. Karine dit :

    Il faudrait réellement que je lise quelque chose de cette auteure… j’avais un genre de préjugé « soporifique » comme tu le dis!

  6. manu dit :

    Eh bien, je ne peux que t’y pousser ! Même si certains n’aiment pas ce genre de lecture. A toi de voir si tu aimes cette ambiance typiquement anglaise.

  7. Andromède dit :

    Aaaaah, l’humour anglais… Rien que pour ça, je vais le noter XD

  8. manu dit :

    :-D il ne reste plus qu’à le trouver !

  9. keisha dit :

    Tu écris: « aujourd’hui, peu de ses livres sont disponibles en dehors des bouquineries. Dommage. »
    Heureusement, il reste les médiathèques! Barbara Pym a ses fans, il faudrait bien que je la relise un peu .

  10. manu dit :

    Malheureusement, ici en Belgique, les médiathèques ne louent que des disques et des dvds. Il reste les bibliothèques, mais la bibliothèque de ma ville est assez pauvre en livres intéressants. A moins que ça ait changé, je n’y suis plus retournée depuis une dizaine d’année. Il paraît qu’il y a une jeune bibliothécaire. Espérons qu’elle a fait changer les choses !

  11. sheherazade dit :

    voilà donc une auteure que je prendrai plaisir à découvrir, je pense que je trouverai ses livrs en VO chez stirling, à bruxelles

  12. manu dit :

    Oui, ils doivent être plus facile à trouver en anglais. Je ne pense pas prendre de risque en disant qu’elle devrait te plaire :-)

  13. Cécile dit :

    Je note aussi mais pour un peu plus tard surement. J’ai ramené tellement de livres de mes vacances que je devrais être « full » pour les 4 ou 5 mois à venir. ;-)
    J’ai même ramené un livre anglais et je vais m’essayer à la lecture en anglais (dur dur pour moi !).

  14. manu dit :

    Ah seulement pour 4 ou 5 mois? :-D Moi, je dois en avoir pour 2 ou 3 ans lol. Pour le livre anglais, félicitations, j’espère que tu auras plus de courage que moi pour t’y plonger ;-)

  15. Cécile dit :

    Hihi 2 ou 3 ans !!! Bon courage !!!
    Moi j’ai limité au maximum mais ça a été dur puisque dans ma famille, les livres sont partout. Tu veux manger un gâteau, tu trouves des livres, tu veux dormir, tu trouves des livres, tu couches les enfants, tu trouves des livres, tu changes les draps du lit, tu trouves des livres !!!
    Une horreur !!! Avec tout ça, je ne devrais pas m’étonner d’être une LCA ! ;-)

  16. manu dit :

    Moi aussi, ma mère est une grande lectrice mais je suis plus atteinte qu’elle !

  17. Cécile dit :

    J’ai grandi entourée de livres et de biliothèques et c’est aussi ma mère qui m’a donné le goût de lire : quand je lui disais « Je m’ennuie, je ne sais pas quoi faire », elle me répondait invariablement « Prends un livre ».
    Par contre, mes soeurs sont moins atteintes que moi. C’est grave docteur ? ;-)

  18. keisha dit :

    Grâce à Mango qui cite ton article (elle vient de découvrir -et d’aimer – Barbara Pym) je te retrouve , j’étais passée ici mais il y a bien longtemps. Je découvre d’ailleurs que j’ai tenu une résolution ^_^
    Euh, le petit machin zéro complexe me plairait bien, je le prends?

  19. manu dit :

    Bien sûr prends le ! Enfin fais-en un personnalisé sur zero complexe :-) C’est assez chouette ! Ca me rappelle ce challenge jamais fini mouarf !

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