« Expiation » de Ian McEwan
Regrets éternels
Dans le sud de l’Angleterre, la canicule règne sur l’été 1935. Briony Tallis attend le retour de son frère Léon avec impatience. Pour lui, elle a écrit une pièce, « Les tribulations d’Arabella », qu’elle tente vainement de mettre en scène avec ses cousins du Nord, les horribles jumeaux et la boudeuse Lola. Cécilia, la sœur de Briony, attend aussi la venue de son frère. Elle s’ennuie ferme dans l’imposante demeure familiale, loin de Cambridge où elle vient d’obtenir son diplôme avec une piètre mention, au contraire de Robbie, le fils de la domestique, dont son père s’entête à payer les études et qui réussit plus brillamment qu’elle ! Leur mère passe ses journées alitée à souffrir de migraines. tandis que leur père est toujours absent, retenu par son travail … à moins que ce ne soit pour une tout autre raison …
Voilà enfin Léon qui arrive, accompagné de son ami Paul Marshall, le magnat de la barre chocolatée. Et c’est là que le drame se noue. Briony décide de renoncer à sa pièce et se réfugie dans sa chambre, de la fenêtre de laquelle elle assistera à une bien étrange scène entre Cécilia et Robbie auprès de la fontaine. L’imagination de l’adolescente, écrivain en herbe mais surtout jeune fille à la frontière entre l’enfance et l’âge adulte, interprète de manière erronée une innocente altercation et se persuade que sa sœur est en danger et qu’elle se doit de la protéger. Sentiment qui se renforcera plus tard lorsqu’elle surprendra une nouvelle scène entre les deux jeunes gens qui viennent de s’avouer leur amour dans la bibliothèque.
Plus tard dans la soirée, lorsqu’elle découvrira Lola en fâcheuse posture et mettra en fuite son agresseur, Briony sera convaincue d’avoir reconnu dans ce dernier le jeune Robbie et l’accusera, gâchant à tout jamais son avenir et ses chances de bonheur avec Cécilia.
Le roman de Ian McEwan se scinde en trois parties. La première décrit la mise en place du drame, décrivant minutieusement l’Angleterre de l’entre deux guerres, la vie de la bourgeoisie. L’écrivain campe les personnages avec un luxe de détails, nous livrant leur psychologie et leurs motivations. Le lecteur comprend ce qui pousse chacun à agir comme il le fait. C’est pour moi la meilleure partie du roman, digne de la grande tradition romanesque britannique. J’adore la période décrite et, bien que nombreuses furent les critiques sur la profusion de détails et la lenteur de l’action, je les ai personnellement trouvées parfaitement appropriées. L’auteur a d’ailleurs avoué avoir voulu écrire un roman dans la veine de ceux de Jane Austen.
La deuxième partie suit Robbie en France pendant la guerre, lors du repli de l’armée britannique vers Dunkerque. Encore une fois, les états d’âme du personnage sont détaillés, de même que les atrocités vécues par les soldats pendant cette période, que le romancier s’attache à décrire. C’est poignant et difficilement soutenable. Robbie ne pense qu’à une seule chose : ses retrouvailles avec Cécilia qui l’attend en Angleterre. C’est sans doute la partie que j’ai le moins appréciée et qui m’a semblé la plus longue, bien que ce soit la plus courte en nombre de pages.
Dans la troisième partie, Briony, qui a renoncé à ses études, est élève infirmière dans un hôpital qui accueille les blessés de guerre. Elle a compris son erreur de jeunesse et n’a de cesse de se faire pardonner par sa sœur et par Robbie, et surtout voudrait à tout prix racheter sa faute. Le titre du roman prend ici tout son sens.
Dans l’épilogue, Briony est une vieille dame. On apprend qu’elle est écrivain et qu’elle attend depuis des années de publier un livre qui rétablira la vérité. La fin constitue une véritable réussite selon moi, et permet à Ian McEwan de faire un clin d’œil au lecteur sur le véritable pouvoir de l’écrivain. Tout au long du récit d’ailleurs, on se rend compte qu’il éparpille de petits questionnements sur la création littéraire et la manière de raconter des histoires. mais je n’en dit pas plus pour ne pas gâcher la fin.
Dans ce livre, la plume de McEwan est très belle, pleine de poésie et de métaphores. Elle est très descriptive, sans toutefois que cela n’alourdisse le récit.
J’avais hésité avant d’entamer ce roman, restée sur le souvenir amer que m’avait laissée la lecture de « Un jardin de ciment » il y a quelques années de cela. Tant le sujet que la manière de le traiter m’avait dérouté et paru obscène. Mais « Expiation » n’a rien à voir et me réconcilie avec cet auteur.


c’est jusqu’à présent le seul livre de mc ewan que j’ai lu, et j’avais envie d’en lire d’autres après « Atonement ». Après avoir lu ton commentaire sur son autre livre, je me tâte.
Je suis heureuse que le livre t’aie plu; j’avais aussi mis longtemps à le sortir de ma PAL, et je suis tout aussi enchantée de l’en avoir sorti.
Moi, au contraire, il me donne envie d’en lire d’autres. J’ai l’impression que cet auteur se renouvelle constamment. Et puis, je me dit que « Un jardin de ciment » devait être une erreur de jeunesse
.
c’est vrai qu’après avoir lu « Atonement », j’avais envie de me précipiter sur tous les bouquins de McEwan; mais j’ai lu plusieurs commentaires à son propos, qui vont dans le sens du tien sur « le jardin de ciment ». Je sais que c’est un auteur très « hermétique »; « Atonement » semble être le premier livre qui soit plus abordable à tous les niveaux.
Je suppose que je craquerai tôt ou tard pour l’un ou l’autre titre de toute façon …. MDR
je n’ai jamais résisté aux sirènes que sont les livres !
Moi il m’a donné envie de lire d’autres roman de l’auteur mais lequel je ne sais pas encore! J’ai moins aimé la deuxième partie, celle de la Seconde Guerre Mondiale mais le reste m’a subjuguée! L’écriture est très belle oui!
Je te rajoute en lien! Bises
Moi j’ai adoré l’ensemble ! J’ai ensuite lu « La plage de Chesil » qui est aussi un bon roman.