« Kitchen » de Banana Yoshimoto

Ecrit le 24/04/2008 par manu ()

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Variations autour du deuil

Kitchen se compose de deux nouvelles assez longues.
La première porte le nom du « recueil » . Mikage, en proie à une profonde tristesse suite au décès de sa grand-mère, avec laquelle elle vivait, ne trouve l’apaisement que dans le doux refuge des cuisines. N’importe quelle cuisine : moderne, vétuste, propre, poussiéreuse, ordonnée ou au contraire en plein chaos. C’est pourquoi, elle dort régulièrement sur le carrelage vert de la hideuse cuisine de l’appartement qu’elle partageait avec son aïeule, bercée par le ronronnement du frigo. C’est pourquoi aussi, elle a abandonné l’université pour trouver un emploi d’assistante cuisinière.
C’est dans ce contexte particulier que Yûichi Tanabe, jeune fleuriste qui appréciait sa grand-mère, lui fait l’étrange proposition de venir habiter chez lui et sa mère. N’ayant d’autre endroit où aller et abattue par les récents événements, Mikage accepte. C’est ainsi qu’elle découvre la splendide cuisine des Tanabe et fait la connaissance d’Eriko, la mère de Yûichi. Eriko, qui est en fait un homme, un transsexuel qui travaille dans un bar pour homosexuels …
La deuxième nouvelle s’intitule « Moonlight Shadow » et raconte l’histoire de Satsuki, une jeune fille qui vient de perdre son petit ami, Hitoshi. Elle a du mal à s’en remettre et passe des journées désœuvrées à essayer de s’occuper et de voir des amis pour s’occuper. Tous les matins, à l’aube, elle fait un jogging jusqu’au pont qui enjambe le fleuve, coupant la ville en deux, où elle et son fiancé avaient l’habitude de se retrouver. Un jour, elle y rencontre Urara, une jeune fille mystérieuse, qui lui semble tout de suite sympathique, et qui lui promet que quelques jours plus tard, à la même heure et au même endroit, elle verra peut-être un spectacle qui risque de lui plaire …

Kitchen est la première œuvre publiée par Banana Yoshimoto dans les années 80, alors qu’elle n’était âgée que d’une vingtaine d’années. Toute une génération de japonais s’est identifiée à cette œuvre. C’est vrai que c’est un très beau livre, très poétique, dans lequel on retrouve de nombreux thèmes chers aux écrivains japonais. Ca m’a un peu fait penser à l’univers de certains romans de Haruki Murakami, à certaines nouvelles de « Après le tremblement de terre » par exemple. Le thème de la mort est omniprésent mais il est abordé de manière positive avec un message d’espoir : « Malgré la difficulté et la douleur, il faut aller de l’avant ». D’ailleurs, plus que la mort, c’est le deuil que l’auteur évoque au travers de ces nouvelles. Ses personnages apprennent à dire au revoir aux êtres chers qu’ils ont perdus et à continuer à vivre, tout en les gardant dans leur coeur. Comme chez Murakami, la mort est abordée de manière poétique et avec une touche de surnaturel.
Banana Yoshimoto, en romancière moderne, n’hésite pas à aborder le thème de la transsexualité, qu’elle présente comme quelque chose de tout à fait naturel. Je ne sais pas comment est vécu l’homosexualité au Japon et encore moins dans les années 80, mais j’ai beaucoup apprécié le personnage d’Eriko et le naturel avec lequel Mikage apprend la vérité sur elle. Eriko m’a un peu rappelé le personnage de Mme Madrigal des « Chroniques de San Francisco ». Dernier point, l’originalité de ces nouvelles m’a beaucoup plu, notamment le goût prononcé de Mikage pour les cuisines et le côté un peu fou fou des personnages.

Encore une belle découverte pour moi en littérature japonaise, que j’apprécie de plus en plus.

Lu dans le cadre du challenge ABC 2008

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Il y a 23 commentaires sur ce billet

  1. jbj dit :

    En tout cas tu l’aura lu à une de ces vitesse! ;)

  2. Karine dit :

    Je l’ai dans ma PAL depuis un bon bout de temps et je crois que je vais le remonter un peu. J’avais bien aimé « N.P. » du même auteur.

  3. Florinette dit :

    Il figure dans ma LAL et dès que j’aurais diminué un peu plus ma PAL, j’irais voir si je peux le trouver à la biblio !! ;-)

  4. manu dit :

    Florinette et Karine : je vous le conseille car il est vraiment bien ! Karine, je vais aller lire ton commentaire sur « N.P. » ;-)

  5. sheherazade dit :

    ouais, c’est sûr que j’ai pas intérêt à venir souvent, la LAL s’allong et la PAL ne diminue pas, pourtant je suis pleine de bonnes résolutions : la PAL DOIT DIMINUER

  6. manu dit :

    Je sais ce que c’est :-D

  7. Cécile dit :

    Je ne connais pas grand chose à la littérature japonaise mais ton commentaire, le thème des nouvelles et la couverture (je la trouve marrante) me donnent envie d’ajouter ce titre à ma LAL. Arghhhhhhh encore un titre… ;-)

  8. manu dit :

    C’est un bon titre pour découvrir la littérature japonaise. Sinon, je ne peux que conseiller mon favori, Haruki Murakami ;-)

  9. hamnessa dit :

    J’ai trouvé ce livre à la bibliothèque et je pense que je vais le prendre pour le lire car il y a eu de bonnes critiques sur celui là ;)
    Il y a aussi « Dur, dur » de cette même auteuse

  10. Cécile dit :

    Je note Haruki Murakami. Tu as un titre à me conseiller en particulier ?

  11. manu dit :

    Hamnessa : très bon choix !

    Cécile : J’ai beaucoup aimé « La ballade de l’impossible » et « Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil ». J’ai également lu « Après le tremblement de terre » qui sont des nouvelles. Mais il paraît que « Kafka sur le rivage » est une merveille mais je ne l’ai pas encore lu.
    « Les amants du Spoutnik » est bien aussi, mais je l’ai trouvé un peu moins bien.

  12. Cécile dit :

    J’ai vu Kafka sur le rivage aujourd’hui à la librairie qui me faisait de l’oeil. En plus, la couverture a de très belles couleurs, j’ai hésité, hésité et puis finalement, comme j’avais déjà 6 livres dans les bras, je l’ai laissé là-bas… Snif !!! Bientôt surement, au rythme où ça va en ce moment… ;-)

  13. manu dit :

    Oui, j’ai eu pareil que toi hier ! J’ai hésité aussi à l’acheter mais j’avais aussi une grosse pile de livres dans les bras (dont toute la fin de la série Nana !) Mais je pense que je craquerai bientôt, vu tout le bien que j’en lis.

  14. Cécile dit :

    Dur dur les visites à la librairie… Déjà en début de mois, mon portefeuille n’est pas ravi !!! ;-)

  15. Loula dit :

    J’ai déjà lu ce livre 3 fois et pour la 3ème, je me suis enfin décidée à l’acheter!! (avant je l’avais lu chez mon oncle pendant les vacances)
    Pour Kafka sur le rivage, je le conseille vivement!
    Et pour Nana, j’attends avec impatience ton avis sur les derniers, car moi je trouve qu’à partir du 13 (environ)ça commence à tourner un peu en rond et je suis déçue.

  16. manu dit :

    Tu as l’air de bien t’y connaître en littérature japonaise Loula.
    J’espère ne pas connaître la même déception que toi avec Nana. Je vais bientôt entamer le tome 11.

  17. Loula dit :

    non je ne m’y connais pas tant que ça, je n’ai découvert Murakami qu’à la sortie de Kafka sur le rivage et avant j’avais seulement lu tout ce que j’avais pu trouver Banana Yoshimoto…

  18. hamnessa dit :

    Bon les filles lorsque vous faites vos courses dans une librairie prenez directement « Kafka sur le rivage » et après prenez ce qui vous plaira mais passez le pas en dernier pour le reposer!!! Enfin…c’est un très très très bon livre!!! Regardez il vous fait de l’oeil ;)

  19. manu dit :

    Oui, je crois que je n’ai plus le choix ;-)

  20. Cécile dit :

    Bon je vois que Kafka sur le rivage a des alliés en dehors de la librairie. :-) Comme tu dis Manu, plus le choix…

  21. manu dit :

    Surtout que tous les prétextes sont bons pour acheter un nouveau livre :-D

  22. Brume dit :

    Je suis une fan inconditionnelle de Banana Yoshimoto (dommage que si peu de ses romans soit traduits en France, car c’est uen auteure assez prolixe au Japon) et de la littérature japonaise en générale.

  23. manu dit :

    Bienvenue. Je n’ai encore lu que ce roman mais j’aimerais lire ses autres livres. J’adore moi aussi la littérature japonaise.

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