« La dame noire » de Stephen Carter

Ecrit le 08/07/2009 par manu ()

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Alors qu’ils rentrent d’une soirée, Julia et Lemaster Carlyle, riche couple africains-américains, ont un accident de voiture sur une route perdue dans la campagne enneigée. Et là, ils découvrent le cadavre de Kellen Zant, un autre célèbre africain américain, professeur d’économie dans l’université dont Lemaster est le directeur. Mais ce n’est pas le seul lien qui unit le couple à la victime. En effet, Julia et Kellen avaient eu une liaison une vingtaine d’années plus tôt. Mais le fait que Kellen essayait de contacter Julia depuis quelques semaines éveille les soupçons de cette dernière, qui commence à mener son enquête. Et le meurtre d’une jeune fille blanche, commis 30 ans auparavant, et pour lequel un jeune garçon noir a fait le coupable tout désigné pourrait être le mobile du crime. Surtout quand le président des Etats-Unis et un sénateur en lice pour la Maison blanche sont impliqués …

« La dame noire » est un roman foisonnant sur la communauté africaine-américaine et plus particulièrement sur la frange privilégiée de celle-ci. On est loin des quartiers populaires où les noirs sont ghettorisés par des politiques mises en place par les blancs. Non, l’action se situe dans les quartiers huppés, mettant en scène des noirs qui ont réussi et qui se sont immiscé dans les sphères du pouvoir. D’ailleurs, le couple Carlyle est un de ces couples qui a préféré s’installer dans une ville où la population est quasiment exclusivement blanche, au grand dam de leurs familles, qui leur reproche une sorte de trahison. Cela m’a un peu fait penser à Condoleeza Rice.

Stephen Carter, lui-même proche de ces milieux intellectuels assez huppés, développe dans ce roman les luttes d’influence au sein de la communauté noire bourgeoise, celle qui appartient à des clubs selects, en apparence inoffensifs, mais au sein desquels se jouent des enjeux politiques insoupçonnés. Le maître mot est la discrétion ! En effet, l’important est de ne jamais laisser paraître le pouvoir acquis par ces africains-américains, mais de toujours laisser croire aux caucasiens (les blancs ) que ce sont eux qui tirent tous les fils ! Mais au final, ce fil conducteur n’est que peu développé par rapport à l’enquête que mène Julia Carlyle au sujet de la mort de Kellen Zant. Double enquête en parallèle, puisque ce décès fait resurgir le meurtre, vieux de trente ans, de Gina Joule, fille d’un professeur de l’université.

J’ai vu que certains lecteurs reprochaient au roman que les relations noirs-blancs étaient finalement peu développées et que c’était dommage. Je n’ai pas trouvé cela préjudiciable, personnellement, car, selon moi, le message que veut véhiculer Stephen Carter passe parfaitement bien ! Et le roman est quand même avant tout un thriller, et un excellent thriller ! Il sort des sentiers battus de par son sujet et ses personnages. Et je dois reconnaître que la fin m’a bluffée ! Les personnages sont très bien construits, leur psychologie est parfaitement fouillée et le moins qu’on puisse dire c’est que l’auteur excelle à brouiller les cartes à leur sujet. Plus j’avançais dans ma lecture, plus je doutais de tout le monde. Lemaster est évidemment le personnage qui apparaît le plus ambigu mais même Julia me semblait fausse et double alors qu’elle est le personnage central dans la majorité du roman. Je ne vais bien sûr pas vous dire si j’ai eu raison ou non de la soupçonner. Mais je dois reconnaître cette force du romancier de réussir à faire douter de tous ses personnages. Le seul reproche que je pourrais formuler concerne les quelques longueurs et les quelques passages où j’ai trouvé que l’auteur tournait un peu en rond, mais même là, c’est minime car j’ai énormément apprécié ce roman et ça ne m’a pas vraiment gêné. Surtout que l’écriture y pallie, tant elle est maitrisée. J’ai bien envie de lire son premier roman, « Echec et mat », mais je vais quand même attendre quelques temps avant de m’y attaquer car c’est aussi un pavé !

Merci à Babelio et aux éditions Robert Laffont pour cette très bonne découverte.

BABELIO

Les avis de Restling, Sentinelle, Constance de Nanne et de Pom‘.

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Il y a 23 commentaires sur ce billet

  1. keisha dit :

    Je veux le lire, le milieu où il se déroule m’intéresse, tu confirmes avec on billet!
    J’ai quasiment obligé restling à me le prêter un de ces jours… (moi? rien d’autre à lire, non?)

  2. Stephie dit :

    J’ai bien envie de le lire aussi. On verra en septembre ;)

  3. BiblioMan(u) dit :

    J’avais moyennement aimé son premier. Je crois me souvenir avoir été surtout déçu par une fin à l’effet « plop »… tout ça pour ça. Mais celui-ci me tente bien tout de même.

  4. Emilie dit :

    J’aime les thrillers en général et celui-ci a l’air très intéressant, il me semble ‘avoir beaucoup vu en librairie mais je n’y avais pas fait attention.

  5. Karine :) dit :

    Et ce n’est pas manichéen du tout??? Tout le monde semble assez positif, je vais peut-être revenir sur mon « non merci » initial…

  6. Mango dit :

    Je viens de voir que tu as lu ce livre! Il ne me quitte plus en ce moment! J’en suis à la page 153/652! J’adore!
    Je ne veux pas lire maintenant ni ton avis ni les autres coms. Je reviendrai quand j’aurai posté à mon tour!
    Je suis en plein dans l’histoire comme dans ma propre vie, à côté de Julia!!! J’ai hâte de savoir ce que voulait d’elle Kellen, et son mari, est-il si net qu’il veut sembler? Et sa fille, pourquoi ce comportement si étrange? Et qui est la dame noire? Julia?
    J’arrête, j’en parlerais pendant des heures! J’espère que tu as aimé aussi!

  7. freude dit :

    Ca a l’air pas mal ! Je note.

  8. Nanne dit :

    C’est un roman brillant sur la société noire américaine privilégiée et sur son influence dans la politique du pays … J’ai trouvé Stephen Carter absolument admirable, qui disséquait son propre milieu en tout impartialité ! Vraiment un très bon thriller dont on se souvient longtemps après sa lecture. J’ai décidé de lire aussi « Echecs et mat » dans quelques temps.

  9. Theoma dit :

    Tu m’as convaincue, je m’empresse de le noter !

  10. Celsmoon dit :

    ça me dit rien mais vu le nombre à lire c’est po grave :)

  11. Isil dit :

    On m’a dit beaucoup de bien de son premier roman Echec et mat et je dois le lire depuis un moment. Ton avis fait envie :-)

  12. Je vois que tu as fait une très bonne pioche. En cherchant dans la liste, ce titre ne me disait franchement rien et puis en lisant tes impressions, je regrette de ne pas avoir cocher sa case. Mais c’est trop tard. Pas de regret toutefois car j’ai assez de lectures, notamment des thrillers, pour de nombreux mois ^^

  13. Leiloona dit :

    Hum, la couverture ne me plaisait pas, mais ton billet va peut-être me faire changer d’avis ! :D

  14. Pimprenelle dit :

    Eh bien, pour ma part, ça ne me tente pas vraiment malgré ton enthousiasme.. Je passe mon tour!

  15. manu dit :

    keisha : oui, j’ai vu que tu avais « obligé » Restling à te le prêter hihi. Je suis curieuse de lire ton avis.

    Stephie : tu as déjà une grande pile pour les vacances si je comprends bien ;-)

    BibliMan(u) : je n’ai pas trouvé d’effet « plop » ici même si certaines facilités ont quand même été utilisées. je n’ai pas vu le dénouement se profiler !

    Emilie : je ne sais pas si j’y aurais fait attention sans Babelio.

    Karine :) : Honnêtement, non, pas de manichéisme !

    Mango : j’ai v que tu l’avais dévoré en 2 jours :-D

    freude : bonne idée :-)

    Nanne : nous sommes entièrement d’accord. Mais je ne lirai pas le premier tout de suite !

    Theoma : j’espère que tu aimeras !

    Celsmoon : tout à fait ;-)

    Isil : ah j’aimerais lire un avis sur le premier !

    Laetitia la liseuse : j’ai aussi eu des regrets après coup de ne pas avoir coché certains titres. Pas toujours évident de faire un choix !

    Leiloona : il ne faut pas toujours se fier à la couverture ;-)

    Pimprenelle : on ne peut pas toujours convaincre !

  16. Restling dit :

    Ah ben voilà, tu as parfaitement mis en mots l’aspect que je n’arrivais pas à exprimer sur la dimension sociologique du roman !
    Sinon, je n’ai pas douté de Julia (mais par moments, elle m’a fortement agacée en fait…) mais de tous les autres oui ! :-)

  17. manu dit :

    Restling : ah bon, tu n’en as pas douté ? C’est vrai que j’étais tellement devenue parano que tout le monde me paraissait suspect :-D

  18. cocola dit :

    Il m’a l’air vraiment pas mal… Et puis j’aime bien le fait que le contexte soit un peu différent de ce que j’ai l’habitude de lire.

  19. manu dit :

    Oui un contexte qui sort des sentiers battus !

  20. Constance dit :

    Je ne peux qu’ajouter mon enthousiasme au tien !!! J’ai aussi été emballée et heureusement car quand je l’ai vu sortir du paquet je me suis dit que s’il était mauvais j’allais le traîner comme un boulet !!!
    Au fait, ta nouvelle déco ets très réussie !!!

  21. manu dit :

    Merci pour la déco ! En effet, c’était impressionnant de le déballer :-)

  22. Bénédicte dit :

    j’ai beaucoup aimé ce polar plein de rebondissements Il a une vraie dimension sociologique et l’histoire, complexe, est bien maîtrisée

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