« La part de l’autre » de Eric Emmanuel Schmitt
Je me suis inscrite avec enthousiasme chez Pimprenelle qui proposait de découvrir Eric Emmanuel Schmitt en juillet. Ce n’était pas vraiment une découverte pour moi car j’avais lu, il y a des années, Oscar et la dame en rose, Milarepa et Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran. Ces trois romans, consacrés à la religion, m’avaient plu. J’avais ensuite lu quelques pièces de théâtre, assez vite oubliées car je préfère voir une pièce que la lire. Ma participation était surtout l’occasion de sortir La part de l’autre de ma PAL. Un roman prenant, époustouflant, qu’on lâche difficilement mais dont j’avais sous-estimé la durée de lecture ! Ce qui explique mon retard pour publier mon billet.
En effet, La part de l’autre est loin d’être un roman facile à lire. Et pourtant, une fois commencé, j’ai lu dès que j’avais un moment. Bien que le début m’ait un peu déconcerté et moins passionné. La période où Hitler est à Vienne et rêve de devenir peintre m’a légèrement ennuyée. Ensuite, j’ai été embarquée par l’auteur qui suit en parallèle la véritable histoire de Hitler, qui après avoir échoué au concours d’entrée à l’académie des Beaux-Arts, devient l’horrible dictateur qu’on connaît et celle d’un Adolf H. qui lui réussit à y entrer et devient un peintre non pas génial mais travailleur, que la guerre de 14-18 meurtrira. Éric Emmanuel Schmitt s’est interrogé sur ce qu’aurait été le monde si cet homme avait, ce jour-là, réussit cet examen. Il nous montre un Adolf Hitler, non pas comme un être différent, horrible, hors norme, mais comme un homme normal, comme tout le monde, qui a un jour basculé dans la folie, cherchant une explication aux quatre années inutiles qu’il a passées dans les tranchées.
EE Schmitt n’hésite pas à bousculer et ébranler son lecteur. La guerre est très peu présente dans ce récit, du moins la seconde. Car Hitler ne la vit que au travers des médias et de ce que lui en rapportent ses hommes. Il ne va jamais sur le terrain. Même la solution finale, il ne fait que la suggérer, mais ne l’ordonne pas. Quand il l’apprend, il est content de se dire qu’il a mouillé tout le monde dans ce processus, que l’Allemagne « a coupé tous les ponts derrière elle ». L’écrivain ne présente que l’homme, son caractère, ses réactions. C’est ce qui est effrayant. Surtout quand on imagine, au travers de l’histoire d’Adolf H., ce qu’aurait pu être l’Histoire si à un certain moment, la balance avait penché d’un autre côté et que l’académie des Beaux-Arts de Vienne avait accepté cet individu en son sein.
Pour l’auteur, la grande différence entre Hitler et Adolf H., ce qui rend Hitler véritablement humain se situe dans sa propension à ignorer ses problèmes, à les enfouir, au lieu de les reconnaître et d’essayer de les résoudre. Cela va provoquer son isolement et ses délires paranoïaques. Il interprète de manière erronée ses échecs et en reporte la faute sur d’autres. La comparaison avec Adolf H en est d’autant plus frappante, car lui accepte ses problèmes et s’épanouit par leur résolution (cf Journal de La Part de l’autre en postface de l’édition du Livre de poche)
Éric Emmanuel Schmitt n’hésite pas à insérer des personnages ayant réellement existé dans sa partie fictive, comme Freud qui aide Adolf H. face à sexualité. J’ai beaucoup aimé cet aspect.
Tout au long de ma lecture, je me suis interrogée sur la part de vérité dans ce roman, sur ce qui était véridique et ce qui était romancé. Notamment au sujet de la sexualité de Hitler ou de ce qu’il a vécu au front ou à Vienne, par exemple. Mais il semble que son éditeur a soumis le manuscrit a des historiens qui n’ont rien trouvé à y redire.
Le côté simpliste que j’avais trouvé dans les autres romans de l’auteur que j’ai lus, certaines facilités qu’il utilisait ne sont absolument pas présentes ici. Au contraire, je me suis plongée dans un roman d’une grande richesse narrative dont l’écriture force le respect. Notamment EE Schmitt change de ton et de style lorsqu’il parle de l’un ou de l’autre Adolf. Une belle prouesse. Ce qui ne m’a cependant pas empêché d’être parfois perdue, de ne pas réussir à me détacher de la réalité. Par exemple, lorsqu’il parle d’Adolf H. en Allemagne, j’ai dû mal à imaginer cette Allemagne sans Hitler au pouvoir, sans la seconde guerre mondiale. J’ai donc parfois été un peu déboussolée. Mais ce n’est pas la faute de l’auteur, mais sans doute la mienne, cette incapacité propre de ne pas me détacher du réel. Mais cela a peu à peu disparu au fur et à mesure du récit.
Le romancier avoue que l’écriture de ce roman lui a mis les nerfs à rude épreuve. Une lecture qui malmène aussi le lecteur, mais qui en vaut la peine. Un grand roman !
D’autres avis chez BOB



Merci Manu, je note !
hihi, de rien
c’est un livre que j’ai réellement adoré, mais il m’a fallu longtemps pour le lire, pour y entrer d’abord – mais comme je suis une inconditionnelle de E.E.S., j’ai poursuivi et je m’en suis félicitée car comme tu le dis très justement = un grand roman.
Oui, le début n’est pas évident mais ça vaut la peine de poursuivre !
Rien à faire, je n’ai pas envie de lire cet auteur… voir une de ses pièces au théâtre, peut-être…
Je ne pense pas en lire d’autres mais celui-ci n’a rien à voir avec le reste, vraiment !
Cet auteur ne m’attire pas vraiment… à part ce livre. Je l’ai dans ma PAL depuis plusieurs années (et oui, c’est ça d’avoir des PAL dantesques) et ton billet me donne assez envie de le sortir des tréfonds de ma bibliothèques (si je le retrouve)
Ah toi aussi, tu as des livres qui prennent la poussière depuis des années
Il vaut la peinde d’être sorti !
C’est le seul livre de cet auteur que j’ai lu il y a quelques années maintenant, le reste m’attirant moins. Il m’a vraiment marqué, c’est un grand moment et les notes à la fin où il explique les conditions d’écriture sont très intéressantes.
Oui, je ne pense pas que je l’oublierai non plus ! En effet, le journal donne beaucoup d’infos importantes
Ouf! je ne suis pas la seule en retard!
Non non
Une belle réussite malgré un sujet casse-gueule !
Oui tout à fait
Je l’avais noté, je vois que je ne me suis trompée en lisant ton billet ! J’ai parfois du mal avec les romans qui mélangent faits historiques et fiction, je me pose trop de questions sur la part de vérité. Mais je vois que toi aussi et que cela ne t’a pas trop dérangé on dirait ? Je re-note donc !
Non, honnêtement, cela ne m’a pas dérangé mais je voulais savoir ce qu’il en était et la réponse se trouve dans le journal à la fin de l’édition de poche
Coucou manu
j’ai aimé oscar et la dame en rose
le covoiturage animalier en belgique ? c’est possible, il faudrait se renseigner pour le savoir
Bises félines de Béa kimcat
Sur le site, on peut indiquer de nombreux pays. Je vais à Lille mais apparemment il n’y a pas de demande. Mais je garde ce site dans mes favoris !
Je crois que c’est avec ce livre que j’ai découvert cet auteur, j’avais adoré. Je trouve qu’il a su rendre ce livre passionnant avec pourtant un personnage principal antipathique.
Oui tout à fait. Cela dit, la majorité de ses autres livres ne m’attirent pas des masses.
Je l’avais lu il y assez longtemps mais il m’avait déçue. Je crois que j’en attendais trop.
Ah oui, tiens, tu es une des seules à exprimer ce ressenti. Mais il en faut !
Je l’avais beaucoup aimé moi aussi « La part de l’autre ». J’ai aimé qu’on place des « si » pour refaire l’Histoire. Et Schmitt est quelqu’un qui parvient toujours à me surprendre.
Un des romans les plus forts qu’il m’ait été donné de lire !
Je viens justement de le recevoir dans un swap, après lecture des premières pages, j’aime beaucoup.
Il devrait beaucoup te plaire !
Un roman que j’avais vraiment beaucoup aimé !
Je ne suis pas étonnée
un grand roman oui! ça avait été un vrai coup de coeur pour moi et j’y pense encore très souvent!!
Oui, il ne s’oublie pas facilement.
Ce livre est à mon goût trop peu connu, alors qu’il est vraiment au-dessus des autres oeuvres d’EE SCHMITT vraiment davantage dédiées au divertissement! Sa lecture m’avait époustouflée! C’est bien que tu en parles (et bien en plus!)
Merci ! Je suis tout à fait d’accord avec toi. On en parle trop peu et il sort du lot par rapport à la production habituelle de l’auteur.
Jamais lu cet auteur, j’ai un a priori, ce n’est pas bien , je sais…
Non pas bien du tout, mais nous ne sommes pas à l’abri de ce genre d’a priori
Moi c’est Pancol !
Ce bouquin fait froid dans le dos. En tout cas, je crois que ce livre m’a aidé à réaliser qu’Hitler était un homme, avec tout ce que cela veut dire derrière… Un être humain capable du pire…
Oui, je pense que c’est vraiment le but de l’auteur.
Un roman auquel je n’ai pas été sensible et c’était la première fois que je résistais à EES.
Peut-être parce que trop différent de son style habituel ?
Je n’ai lu ton billet qu’en diagonale car je dois rédiger le mien dans la semaine et je ne veux pas être influencée. Une chose est sûre, j’ai beaucoup aimé!
J’ai hâte de lire ton avis ! Ce roman laisse rarement indifférent.
Je l’ai vraiment beaucoup aimé celui ci.
Je comprends, il ne peut que nous toucher je trouve.
C’est le seul de l’auteur que j’ai lu et j’avais beaucoup aimé. Comme tu le dis : il malmène le lecture mais c’est écrit de façon exquise. C’est un livre qui m’a beaucoup marqué. Du coup, j’ai peur que les autres ouvrages de Schmitt soient fades et ne me plaisent pas.
C’est tout à fait possible car ses autres ouvrages que j’ai lu n’ont pas du tout la même force !
Coucou du mardi Manu
bises félines
Béa kimcat
Merci de ton passage Béa !
Bises
J’ai aimé aussi celui-ci. Pourtant quand je l’ai lu, j’avais décidé que j’en avais assez de l’auteur… et j’ai été agréablement surprise!
Oui mais il faut dire que ce roman sort du lot et n’a rien à voir avec ses autres romans !
Un bon souvenir de lecture, un des premiers billets sur mon blog, mais le souvenir de quelques explications simplistes (un Hitler a la vie sexuelle épanouie n’aurait pas été dictateur !!).
Je pense qu’il ne faut pas s’arrêter à ça mais plutôt à un tout cohérent et à une personnalité totalement différente.
Intéressant ton billet, Manu ; je l’ai lu car j’ai justement écouté cet écrivain dans une émission littéraire il y a quelques semaines ; il a parlé de ce livre notamment, et d’autres ; j’ai été captivé par son charme, son naturel, son altruisme ; un homme très intéressant, passionnant, enrichissant ; je n’ai encore jamais lu un de ces livres ; tu me confortes dans l’idée de m’y plonger
Bien à toi, sans oublier les douceurs aux coussinets cela va de soi
Rose
Je pense en effet que cet auteur a un certain charisme ! Bonne lecture à toi et câlins à tous tes coussinets et il y en a
Il est dans ma PAL celui-là ! Ca a vraiment l’air d’être un grand roman !!!
Oh oui, pour moi, c’est le meilleur de ce romancier !
Depuis le temps que ce livre me fait de l’oeil dans les magasins. Il va falloir que je me décide pour savoir ce que serait devenu le monde si…. car cette question « m’interroge » !!!
Tu ne dois donc plus hésiter ! Je pense qu’il peut te plaire. Et il est sûrement à ta bibliothèque
J’ai « Oscar et la dame rose » dans ma PAL et celui que tu as lu me tente bien aussi. Je suis curieuse de voir comment Schmitt a présenté Hitler…
C’est un roman percutant.
Je n’ai encore jamais lu cet auteur mais je ne suis pas certaine que je commencerais avec celui-ci malgré le bien que tu en dis.
C’est à toi de voir mais si je ne devais en retenir qu’un, ce serait celui-ci sans hésiter !
J’ai eu le même sentiment que toi sur la profondeur de ce livre par rapport à ses autres écrits… que pourtant j’avais aimé aussi… Ce roman est un très bon souvenir de lecture pour moi…
Je pense qu’il doit marquer tous ses lecteurs.
C’est un livre que je possède dans ma PAL depuis avant mon blog, il me semble, et que je n’ose toujours pas lire ! Ton billet, très émouvant et touchant par certains aspects, démontre bien que EE Schmitt a su appuyer là où ça fait mal : Hitler était un homme, tout simplement, avec sa complexité, sa part d’ombre, ses défauts et – sans doute aussi – quelques qualités. Lors d’une interview de l’auteur, celui-ci a rappelé que Hitler n’était rien de plus qu’un être humain et pas autre chose ! Je crois que c’est ce qui nous choque encore plus de 70 ans après, et ce qui fait la force de ce roman de qualité. Cela dit, il va falloir que je me plonge dedans pour voir de quoi il retourne réellement …
Je pense que ce roman ne peut qe te plaire et t’intéresser Nanne, surtout que cette période t’interpelle tout particulièrement. Le message véhiculé par l’auteur n’est pas facile à entendre mais il est vrai je pense.
Lu il y a longtemps, avec bonheur; mais je ne suis jamais revenu à l’auteur – sur ce volume, c’était vraiment le sujet qui m’intéressait. Cela dit, je me joins au choeur des recommandations!
Et oui, la sexualité et la vie sentimentale d’Adolf Hitler (le vrai) sont, selon les historiens, assez complexes…
Les autres écrits de l’auteur sont loin de valoir celui-ci.
Quant à la vérité sur la vie intime d’Hitler, ça peut paraître effrayant.