« L’arrache-coeur » de Boris Vian
Quand j’étais adolescente, j’avais lu L’écume des jours, sans apprécier ni saisir toute la portée de ce magnifique texte. Mais lors de mes études en communication à l’université, pour le cours de sémiologie, on a dû choisir une pièce de théâtre à analyser et, justement, ce roman de Vian était mis en scène au Théâtre du Rideau de Bruxelles. J’optais donc pour ce spectacle et relisais le livre. Les deux ont alors été un coup de cœur, j’assistai à deux représentations avec le même bonheur et obtenais la meilleure côte de ma section pour le dit travail. Bref, j’arrête de raconter ma vie mais j’ajoute seulement que depuis lors, je n’avais rien relu de cet auteur, surtout parce que je ne savais pas vers quelle œuvre me tourner.
Le choix du blogoclub d’une lecture libre autour de Boris Vian pour les 50 ans de sa mort était donc l’occasion de me décider. Je me souvenais d’avoir lu un billet sur L’arrache-cœur sur un blog, mais je ne me souviens malheureusement plus lequel, billet qui m’avait donné envie (edit : en recherchant les billets, je me rends compte que les billets d’Abeille et Andromède avaient attiré mon attention). J’ai donc choisi ce titre ! Bien que je trouve qu’il soit dur de parler des œuvres de Boris Vian, tant elles sont riches de sens et de symboles. Mes études sont loin et j’ai depuis lors perdu toute capacité à ces petits jeux d’analyse mais je vais faire de mon mieux pour vous parler de mon ressenti au cours de ma lecture.
Tout d’abord l’histoire : Jacquemort, un psychiatre, vide à l’intérieur, est à la recherche de sujets à psychanalyser. En arrivant dans un village, jamais nommé, il entend des cris et se précipite à l’intérieur d’une ferme. Il aide Clémentine, une jeune femme au caractère hargneux, à accoucher de trimeaux (trois + jumeaux) Il libère ensuite le mari, enfermé depuis des mois par sa femme, qui lui reproche les douleurs de l’enfantement. Par la suite, s’installant chez ses hôtes, il découvrira en Clémentine, une mère de plus en plus étouffante pour ses enfants et au village, les horreurs les plus abjectes : la foire aux vieux, les jeunes apprentis frappés jusqu’à la mort, le curé malmené, lui-même n’étant pas sans reproche, … Chacun se libérant de sa honte en la confiant à un homme, La Gloire, contre de l’or qu’il ne peut utiliser.
Bref, un roman assez dur, qui derrière les horreurs qu’il raconte, dénonce plus d’un travers humain. J’avoue avoir connu quelques difficultés au début pour poursuivre ma lecture. Je n’adhérais pas beaucoup ni à l’histoire ni au style de Boris Vian. Moi qui avais un souvenir flamboyant et poétique de L’écume des jours, je me retrouvais face à un roman très noir, peuplé de personnages cyniques, méchants et remplis des comportements les plus inhumains et que tout le monde semblait trouver naturel. Je me suis accrochée et grand bien m’a pris car au fur et à mesure, l’intérêt a grandi pour devenir, à nouveau, complètement addictif. Il faut dire qu’au fil des pages, le message que veut faire passer Boris Vian devient plus clair. La critique de la religion, le côté luxueux de l’Eglise et l’hypocrisie des gens qui ne s’adressent à elle que lorsqu’ils ont besoin d’un miracle. Il critique aussi la psychanalyse, qui vampirise les patients, leur faisant perdre leur substance, comme le chat qui devient transparent après avoir été psychanalysé par Jacquemort, dont le nom même peut être significatif ! D’ailleurs, Vian utilise régulièrement le terme « psychoser ».
A cet égard, la langue employée par Vian mérite d’être évoquée. Le roman est rempli de néologismes et de jeux de langage. Vian crée aussi des mots, comme les noms de mois, crées par la contraction de deux mois ensemble, ou encore, rien que le titre, l’arrache-cœur, qui était l’arme avec laquelle était tué Jean-Sol Patre dans L’écume des Jours (je ne m’en souvenais pas, je l’ai appris grâce au commentaire de Gilbert Pestureau en fin de roman)
Enfin, le fil conducteur du roman est vraisemblablement un règlement de compte de Vian avec les mères trop protectrices au travers de Clémentine, qui peu à peu trouve des stratagèmes pour que ses trois fils ne puissent quitter le jardin et, surtout que rien ne puisse leur arriver. Sans se soucier de leur bonheur. Ou du moins, en croyant s’en soucier ! Il semblerait que la propre mère du romancier faisait partie de cette catégorie de mère surprotectrice (selon Gilbert Pestureau – édition du Livre de Poche – nouvelle édition revue et corrigée 2008)
Au final, malgré un début difficile, j’ai énormément apprécié cette lecture et j’ai une grande envie de poursuivre la découverte des romans de Boris Vian.
Tous les avis sur cette lecture autour de Boris Vian sont chez Sylire et Lisa.
D’autres avis : Lau, Abeille et Andromède
Le thème du prochain Blogoclub est l’Italie et la lecture choisie est Si j’étais un homme de Primo Levi pour le 1er janvier ! Pas vraiment une lecture de fêtes.



Je n’ai pas lu ce roman mais tu donnes plein d’explications pour mieux le comprendre!
J’ai été aidée par les commentaires insérés dans le roman, j’avoue
Comme toi j’avais lu l’écume des jours, et ai du choisir un autre titre. Celui ci m’attirait, mais je ne l’ai pas choisi, mais ainsi (et c’est un peu le but de la lecture de novembre) j’ai une idée d’un autre roman de Vian. On retrouve certains thèmes tout de même, plus le style et l’inventivité linguistique.
Il semble en effet que certains thèmes reviennent d’un roman à l’autre. Pour ce qui est de l’inventivité linguistique, c’est sa marque de fabrique, assurément !
Comme toi, il m’avait fallu deux lectures pour aimer « L’écume des jours ». J’ai lu un autre titre que toi ; ton billet me donne envie de pousser un peu plus loin l’expérience
J’ai aussi envie de creuser un peu plus l’oeuvre de Boris Vian.
Ton billet est alléchant, j’aurais peut-être dû commencer par celui-ci.
Peut-être. Ou peut-être que Vian n’est pas fait pour toi !
très beau billet sur ce livre
tu donnes envie de venir le relire
j’avais décidé de lire un livre moins connu, ce que j’ai fait « le loup garou » et mon article est moins « inspiré que le tien car j’ai retrouvé Vian, mais en « petites coupures » (13 nouvelles très disparates). MAis cela reste du grand Vian
bon dimanche
Denis
http://bonheurdelire.over-blog.com/article-boris-vian-le-loup-garou-10-18–38480945.html
Merci Denis ! Je vais aller lire ton billet, je ne connais pas du tout ce recueil de nouvelles.
Je ne pensais pas que ce titre était si sombre ! Mais je suis quand même très tentée !
Il aborde en effet des thèmes de manière assez choquante. Mais, je pense que tu devrais l’apprécier.
Intrigant ! Je pensais l’avoir lu, mais finalement j’ai dû confondre avec un autre titre !
Vu la profusion de titres, ce n’est pas étonnant. Je ne soupçonnais pas l’étendue de l’oeuvre de Vian !
J’ai un grand souvenir de ce roman, qu’il faudrait que je relise avec un peu de recul. Ton article est très intéressant ; si tu te rappelles, dans L’Ecume des jours justement les héros n’ont pas vraiment de parents, façon d’évacuer ces êtres envahissants…
Je ne m’en souvenais pas vraiment. Merci pour cette précision
Encore un titre de Boris Vian dont j’ai beaucoup entendu parler mais que je n’ai jamais lu Ton billet, donne vraiment envie de le découvrir.
Je te le conseille, si tu aimes l’auteur.
J’ai beaucoup apprécié ce roman complètement dérangé (et peut-être dérangeant) étant ado. Je le relirai bien à la faveur de tous les billets Vian d’aujourd’hui. Certains n’ont pas du tout apprécié ce titre…
Oui, j’ai vu. Je comprends qu’on puisse ne pas l’apprécier. J’étais sceptique au début de ma lecture mais en recherchant ce qui a derrière, j’ai vraiment aimé.
Je ne sais pas encore quelle autre oeuvre de Vian je lirai (après mes lectures déjà anciennes), peut-être celle-ci, dont j’apprécie ton analyse.
C’est gentil, je me suis inspirée des commentaires des vrais connaisseurs (comme précisé dans le billet) Mais je pense qu’il faut chercher ce que dénonce Vian pour apprécier pleinement son roman.
Je pensais que « psychoser » était plus récent… D’un autre côté, il n’est pas vraiment étonnant de retrouver Vian là-dessous, lui qui aimait jouer avec les mots…
En effet, c’est un virtuose du langage !
J’avais beaucoup aimé « L’écume des jours » il y a 10 ans et je n’ai plus saisi l’occasion de lire à nouveau cet auteur, ce titre me tente bien!
Je vois que nous avons un autre point commun : j’ai moi aussi étudié la communication à l’ULB^^
Ah comme le monde est petit ! Je pense que tu es plus jeune que moi, sinon, on aurait pu se croiser
Intéressant, ton « histoire » avec l’oeuvre de Vian.
Point commun avec l’écume des jours, que j’ai lu pour cette session, la critique de l’église que visiblement Vian n’aimait pas beaucoup !
Non, il semble qu’il avait un compte à régler avec l’Eglise et j’ai vu dans ton billet qu’il reproche plus ou moins la même chose dans les deux romans.
Je l’ai lu il y a très longtemps, à l’époque lycée, sans forcément en saisir toute la portée. Il faudrait que je me replonge dans l’univers Vian.
Au lycée, on n’a pas encore nécessairement toutes les armes pour comprendre la portée des romans qu’on lit !
J’avais beaucoup hésité entre celui-ci et « J’irai cracher sur vos tombes ».
Après avoir lu tous ces avis différents sur ses livres, je me demande si je ne vais pas retenter l’aventure avec Vian sur un autre titre…
Moi, cette expérience m’a donné envie de relire un ou deux autres titres en tout cas, dont un Vernon Sullivan
cela fait longtemps que je n’ai pas relu mes Vian… ta chronique me donne envie de les reprendre peut etre en commençant par « l’écume des jours » puis « l’arrache coeur ». J’aime beaucoup cet auteur
J’avoue que je connais peu mais j’ai envie de découvrir !
Ton billet donne très envie de lire ce livre. Je note pour une prochaine lecture de cet auteur. Que ça doit être plaisant d’étudier en profondeur un livre. Je suis en train de lire L’écume des jours et j’aimerai vraiment pouvoir saisir et comprendre toutes les référence.
Ce n’est pas évident et ça prend du temps ! A moins de connaître l’auteur
J’avais beaucoup aimé, ado, l’écume des jours que j’ai toujours d’ailleurs, même si comme toi, je n’avais pas tout saisi à l’époque. Je ne pensais pas relire un jour Boris Vian mais ce billet et le résumé sont vraiment étonnant et accrocheurs. Ma LAL et moi te remerciont ^_^
Hihi, j’ai aimé relire cet auteur aujourd’hui. Ce sera peut-être aussi ton cas ?
je trouve que ce roman est très intéressant, en tout cas j’ai lu ton billet et tu expliques très bien toute la portée psychologique et critique du sujet. Franchement je n’étais pas du tout tentée par L’écume des jours, mais je me prêterais bien à la lecture de celui-ci, il y a de la matière et ton billet, il est vrai m’a captivé, donc je note mais pas de suite, côté vampiriser et psychoser j’ai ma dose au boulot!!!
Eh bien, je me demande quel est ton boulot ?
Je viens de lire le billet d’Ori sur le même livre et elle n’a pas aimé du tout. Boris Vian suscite des avis toujours très aprtagés. Comme toi, je n’avais pas relu Vian depuis un moment et je suis très contente de l’avoir relu. Effectivement, le choix du prochain livre ne fait pas très noël!!!! j’ai voté pour car cela faisait longtemps que je voulais le lire sans jamais oser!
Oui, les avis sont très contrastés.
J’avoue que j’ai oublié de voter mais comme toi, je veux lire ce livre depuis très longtemps sans oser. Donc c’est l’occasion !
Je ne sais pas si je relirais un jour du Vian (même si j’ai bien aimé l’écume des jours). Mais si j’en relirais un ça sera peut-être celui-ci.
Ils sont très différents !
J’ai failli choisir ce roman mais le thème m’a un peu arrêtée. Pourtant, j’en ai entendu beaucoup de bien par plusieurs personnes. Bref, je ne sais pas trop, même si le style de Vian me plaît toujours!
Le thème est déroutant au début, c’est vrai. Mais après, c’est du Vian à 100%
j’avais beaucoup aimé l’écume des jours aussi, mais je n’ai jamais lu l’arrache coeur. Ton billet me tente bien sûr.
Par contre j’ai lu « j’irai cracher sur vos tombes » et là j’ai vraiment dû m’accrocher car c’était fort dur
Oui il semble que ce roman ne soit pas facile à lire, d’après les avis que j’ai pu lire !
Ce roman est vraiment superbe, mais un peu dur à lire…
C’est vrai mais c’est une merveille d’écriture et de double sens
Décidément, j’ai bien fait d’avoir lu « Les morts ont tous la même peau » écrit sous son pseudonyme, plutôt que ces romans plus connus … J’ai du mal avec ces œuvres-là, plus délirantes et décalées, mais moins pertinentes, je trouve !
Je ne dirais pas qu’elles sont moins pertinentes mais juste que les thèmes sont différents.
Ton avis est très intéressant et surtout très complet et pertinent! Bravo!
Et merci pour le lien ;o)
Merci
Pour le lien, pas de problème ! Surtout qu’en relisant ton billet, je me suis souvenue que c’est le tien qui m’avait donné envie de lire ce roman !
C’est un roman terriblement caricatural mais non dénué d’intérêt.
Vian est un auteur édifiant plutôt qu’un auteur qu’on aime…
C’est vrai que c’est caricatural mais parfois la caricature est nécessaire pour faire passer un message.
Je n’ai pas lu celui-ci mais en général, j’aime bien l’oeuvre de Boris Vian. J’ai juste moins accroché avec L’Herbe Rouge…
En fait, je découvre réellement cet écrivain mais j’aimerais en lire plus !
Je crois que j’avais bien aimé J’irai cracher sur vos tombes (mais j’ai tendance à confondre les titres…). C’est celui qui parle de racisme.
Oui, je l’ai vu sur pas mal de blogs, mais il a l’air assez dur !