« Les fantômes du chapelier » de Simenon
L’horreur sous la respectabilité
J’avais vu ce film, magnifiquement interprêté par Michel serrault et Charles Aznavour, alors que j’étais encore enfant. J’en gardais depuis lors le souvenir d’un très beau film qui m’avait captivée mais aussi un peu choquée (je n’avais alors que 10 ans). Je me suis donc enfin décidée à lire le roman de Simenon qui l’a inspiré. Pour une fois, j’estime que le film a été à la hauteur du livre.
Comme souvent, Simenon nous plonge dans la routine de quelques notables d’une petite ville de province, secouée par une vague de meurtres. En quelques jours plusieurs dames d’âge mûr sont retrouvées étranglées. Dès le début du livre, on connaît le coupable : Léon Labbé, le chapelier. L’intérêt du roman ne réside pas là, mais plutôt dans l’étude psychologique de ce notable, devenu meurtrier un peu par hasard. Dès les premières pages, il nous apparaît comme un homme sûr de lui, qui aime à défier la police, en entretenant une correspondance avec un jeune journaliste au travers des colonnes de « L’écho des Charentes ». Même lorsque son voisin, Monsieur Kachoudas, le tailleur, le confond, il ne perd pas sa belle assurance. En effet, qui irait croire un étranger qui ne se lie à personne plutôt que lui, originaire de la ville? Mais peu à peu, on voit le chapelier douter, son comportement devient de moins en moins assuré et il commence à avoir peur. Cette modification du comportement et de l’état d’esprit du coupable nous entraîne au plus profond de son âme. On partage véritablement ses pensées, ses craintes et ses frustrations : le quotidien d’une femme malade devenue méchante et irascible, être appelé le chapelier par ses amis plutôt que par son nom,… L’analyse psychologique représente la véritable force de ce roman, dans lequel, une fois encore chez Simenon, la façade de respectabilité masque les instincts les plus noirs.
Je n’avais plus lu de romans de Simenon depuis « Le bourgmestre de Furnes » lors de mes études secondaires, mais la lecture de ce dernier m’a donné l’envie d’en lire d’autres.
Lu en février 2003


Flux RSS des commentaires
Il n'y a pas encore de commentaires sur ce billet