« Si c’est un homme » de Primo Levi
Je voulais découvrir ce témoignage de Primo Levi depuis très longtemps, sans jamais oser ouvrir le livre, sachant que ce que je lirai serait dur. Mais je n’imaginais pas à quel point, ni surtout les questionnements qui s’ensuivraient.
Dans ce livre, Primo Levi offre son expérience concentrationnaire à Auschwitz entre février 1944 et janvier 1945. Arrêté en 1943, suite à une dénonciation, en Italie où il participait activement à la résistance, il est déporté et se retrouvera à la Buna, usine qui dépend du camp d’Auschwitz. A partir de là, rien ne nous est épargné : le transport en wagon à bétails, les sélections, l’arrivée au camp, les humiliations, le manque de compassion entre anciens et nouveaux, et même entre juifs tout court, la hiérarchisation qui règne au sein même des prisonniers, les combines, les vols entre prisonniers, l’annihilation de la personnalité jusqu’à accepter son destin avec indifférence, les maladies et les blessures, le froid, la faim, la saleté, … Et pourtant, il raconte tout cela de manière objective et distante, sans vouloir y ajouter de sentiments, ce qui nous donne une impression d’horreur mais surmontable dans la lecture. Jusqu’à ce qu’on arrive à la fin et aux derniers jours que l’auteur a passé dans le camp. Et là, alors qu’on croyait avoir tout vu, tout lu, l’horreur dépasse l’entendement. Primo Levi est un survivant, qui tout au long de sa vie a transmis un message humaniste, sans haine, un message de survie. Un grand homme ! Il explique dans son appendice qu’il est difficile de haïr les nazis car ils n’ont pas de visage. Je l’admire pour cela. Mais il reproche quand même aux Allemands d’avoir gardé le silence. Et là, je le comprends ! L’appendice est une mine d’informations ! Nécessaire pour comprendre !
Je suis complétement bouleversée par cette lecture. Je pense que j’ai lu la fin un jour où j’étais déjà très émue et cela a exacerbé tous mes sentiments. La dernière partie est très difficile, insoutenable, on souffre véritablement avec ces hommes qui ont vécu les pires atrocités.
Primo Levi est un homme intelligent. Dans son appendice, il démontre combien il s’est posé les bonnes questions et on comprend beaucoup de choses de ses explications, qui sont comme des coups de poing ! J’ai été impressionnée par son humilité et sa sagesse mais aussi son absence de haine. Il interprète finement la montée de la haine envers les juifs et pourquoi le fascisme existe encore. Il analyse comment le nazisme en a été le paroxysme. Ce livre est brillant, notamment par le fait qu’il décrit les faits de manière objective, sans victimisation.
Mais ça a fait monter à la surface beaucoup de questions que je n’avais jamais osé me poser sur ce qu’a vécu mon grand père en Allemagne, prisonnier pendant 5 ans. Même s’il n’a pas connu les camps, il a dû lui aussi faire du travail forcé et voir des horreurs. Et en vivre. A tel point qu’il n’a jamais voulu en parler. Ce qui me parle aussi beaucoup, c’est que mon grand-père, que j’adorais, est né un an avant l’auteur et est décédé un an avant. Ils avaient donc exactement le même âge !!!
Un livre qui m’a marqué, à jamais ! D’autant plus, qu’il plane un mystère autour de la mort de Primo Levi. Voici ce que dit Wikipédia : « Primo Levi meurt le 11 avril 1987 dans une chute qu’il fit dans l’escalier intérieur de son immeuble. Pour certains, la chute aurait pu être volontaire. La plupart de ses biographes (Angier, Thomson) abondent dans le sens du légiste, qui conclut que Levi a commis un suicide. Lui-même avait déclaré souffrir de dépression ; des facteurs de risque auraient pu être sa responsabilité envers sa mère et sa belle-mère, le fait de partager le même logement et son passé. Cependant, un sociologue d’Oxford, Diego Gambetta, a établi douze ans plus tard un dossier détaillé remettant en cause ce qu’il considère comme un lieu-commun n’étant étayé ni par des faits ni par des preuves indirectes. Levi n’a pas laissé de lettre de suicide, et n’a jamais fait part d’idées noires ; des documents et témoignages semblent par contre indiquer qu’il avait des projets au temps de sa mort. Gambetta penche donc pour une mort accidentelle. La question de la mort de Primo Levi est importante, son œuvre étant communément interprétée comme une puissante affirmation de la vie face à des puissances violentes et guerrières organisées : le fait qu’il soit mort volontairement ou par accident constitue donc un commentaire final sur la validité de son propre message, lucide, positif et humaniste. L’interprétation d’Elie Wiesel, qui défend la thèse du suicide, a été acceptée jusqu’à ce jour, sans que l’on sache encore si elle se base sur des faits ou sur une intuition personnelle. »
Lu dans le cadre du Blogoclub, sans lequel je n’aurais peut-être pas entrepris cette lecture ! Merci !!!
Les avis de Kali, saxaoul, Edelwe, Keisha, deliregirl1, Iluze, et bien d’autres ….
Les autres avis du Blogoclub chez Sylire et Lisa.
Le prochain blogoclub portera sur le thème de l’humour et de la légèreté. Ce qui est le bienvenu après ce témoignage important ! Le roman sélectionné est Maudit Karma de David Safier. Etant donné qu’il n’existe pas en poche, les participants sont libres de choisir le deuxième choix à savoir Saga de Tonino Benacquista. Je dois avouer que, avec les récents événements survenus dans ma vie personnelle, j’ai oublié de participer au vote. Dommage, j’aurais voté pour le deuxième, qui aurait été ainsi ex-aequo. Ca n’aurait rien changé. Mais tout ça pour dire que le premier ne m’attire pas et que je lirai donc le deuxième, qui est en plus dans ma PAL, pour le 1er mars.



Un bon choix du blogoclub, qui a incité les lecteurs à lire ce livre, et c’est bien! Moi j’ai lu La trêve, ce qui arrive « après ». Tout aussi intéressant. Mais ne pas les lire d’affilée, à mon avis…
Pour mars je choisirai aussi Saga, ne serait ce que parce qu’il est à la bibli et pas l’autre.
Oui, un bon choix qui m’a enfin poussé à lire ce monument. Je n’avais pas voté, par oubli mais j’avoue que je n’aurais pas voté pour celui-ci !
C’est une lecture qui secoue! Surtout en ce moment de fêtes mais il est vivifiant aussi en un sens!
Comme toi et Keisha, je vais choisir Benacquista la prochaine fois aussi car je l’aime bien et il est facile à trouver!
C’est vrai que cette lecture est tombéeà un moment particulier !
A lire pour moi. Un des prochains livres qui se retrouvera sur ma PAL.
Je te le conseille vraiment, même si ce n’est pas une lecture repos !
j’avais étudié une partie du livre lorsque je suivais le cours d’italien, et je me souviens avoir été tellement bouleversée que je m’étais senti mal pendant plusieurs jours. J’ai le livre dans ma bibliothèque, parmi mes classiques – un jour je sais que je le relirai, mais j’espère être un peu plus détachée ce jour-là
je comprends bien à quel point il t’ait bouleversée
Je te comprends aussi niki ! En plus, tu sais à quel moment je l’ai lu et que j’étais nerveusement assez fragile !
Je l’ai étudié en terminale pour le bac… La lecture m’avait bouleversée. Et j’étais à chaque fois encore plus émue en l’étudiant, en faisant des dissertations sur différent thème, la mort, la faim et le mythe de tantale, la volonté de ne pas critique mais simplement de donner les faits, la force de l’auteur… je devrais le relire, j’en ai des souvenirs intacts mais il y’a certains passages que je n’ai plus en tête et qui sont pourtant si touchants, si révoltants!
Du haut de ma courte vie de lectrice, je peux dire que c’est un des livres qui resteront à jamais…
Un témoignage qui ne peut laisser personne indifférent. Il a une force poignante ! Heureusement qu’il a été écrit !
Une lecture forte qu’à ma grande honte je n’ai pas encore lu. Un témoignage indispensable mais que je me réserve pour plus tard.
Pas de honte à avoir Constance. Tu le liras quand le moment sera venu
Je n’ai pas eu le temps de le lire pour cette lecture mais je sais qu’il me bouleversera quand je l’ouvrirai !
Comme je commence à te connaître, je peux dire qu’il te bouleversera comme il m’a bouleversée ! Mais je pense que tu seras aussi contente de l’avoir lu !
« Un message humaniste, sans haine », effectivement : c’est aussi cela que j’admire le plus chez Primo Lévi, c’est ce qui fait la force de cet ouvrage…
Tout à fait ! Sans doute que le message passerai moins bien si le ton était larmoyant.
Cet absence de haine est en effet incroyable. Et oui, l’appendice doit être lu. Et tout le livre doit être lu.
Encore une fois, nous avons été sensibles aux mêmes choses !
Je n’ai pas eu le courage de le lire mais ton billet m’a bcp touchée. J’ai lu La voleuse de livre pendant les vacances, billet demain et j’ai adoré ! Je dois lire celui-ci. Tu m’y incites !
« La voleuse de livres » a aussi été un coup de coeur !!!! Je l’ai d’ailleurs offert à une amie il y a deux semaines.
Lis celui-ci quand tu penseras le moment venu. Ne te forces pas, sinon ça risque d’être trop traumatisant comme lecture
Voici une lecture bien particulière pour débuter l’année …
Particulière mais ô combien indispensable. Un livre incontournable pour moi.
Oui, c’est vrai que le moment es bizarrement choisi. Mais je l’avais lu il y a deux trois semaines
j’ai lu ce livre il y a plusieurs années donc j’ai moins le ressenti en moi sauf de me rappeler une lecture dure mais essentielle
j’ai parlé un peu aussi de la trêve qui est la suite sur mon blog
bonne année 2010 tout de même
Denis
Oui, j’ai vu ce que Keisha a dit de « La trêve » Je ne connaissais pas tout ça. A lire aussi, visiblement !
Bonne année aussi !
Je l’ai lu il y a plusieurs années. Je me souviens avoir aimé la lecture, mais je ne me rappelle que d’une seule scène à présent.
Tiens, laquelle ?
Tu as éveillé ma curiosité !
« Si c’est un homme » est un livre marquant, qu’aucun d’entre nous ne pourra oublier.
POur le prochain blogoclub, je ne suis inspirée ni par le premier ni par le 2ème choix…je deviens difficile!!!
Ca arrive, tu n’es pas obligée de lire un de ces deux là mais en choisir un de ta propre initiative
Cela ne doit pas devenir une corvée
Je n’ai pas encore lu le livre mais j’avais vu la pièce qui m’avait pas mal chamboulée.
Le décor était minimaliste : un homme nu placé derrière une vitre translucide et en fond, un bruit de train…
J’en ai encore froid dans le dos!
Ohlala ça doit être bien difficile à supporter comme pièce
primo levi a écrit aussi écrit « la tregua » (la trêve en FR) il l’a écrit sous le pseudonyme de Damania Malabaila – il est très intéressant à lire également, il est – en quelque sorte – une « suite » (le mot est mal choisi) à « se questo è un uomo »; il raconte le retour d’Auschwitz de plusieurs prisonniers à travers les ruines de l’Europe, de la Russie à l’Autriche, jusqu’à Turin, en passant par la Roumanie, la Hongrie. Il est un peu moins pesant que ce livre-ci.
En effet, plusieurs en ont parlé ces derniers jours ! Je le lirai mais pas tout de suite
OUPS
le prénom du pseudo est DAMIANO
Bah en français c’est publié sous « Primo Levi »
Les circonstances de la mort de Primo Levi sont troublantes. Je préfère penser qu’il ne s’est pas donné la mort…
Moi aussi ! C’est pour ça que j’ai ajouté ce lien vers wikipédia.
Un magnifique billet sur un livre qui est dans ma LAL depuis longtemps. Mais je ne pense pas le lire de sitôt, je ne me sens pas assez forte.
C’est un livre qu’il faut lire quand on se sent prête. Tu as raison d’attendre. Mais sache aussi qu’il se lit « curieusement » plus facilement qu’on ne le craint !
Ce fut une belle lecture qui prend à la gorge et qui édifie. On ne pourra jamais imaginer tout ce que ces survivants ont subi.
Tu as raison, c’est inimaginable !
Comme Keisha, j’ai lu « La Trêve », qui est la suite romancée de « Si c’est un homme » relu pour le Blog O Trésor en 2009 … A chacune de mes lectures de « Si c’est un homme », j’ai eu l’impression d’apprendre quelque chose de nouveau sur l’Homme, ses forces, ses faiblesses. Je crois que c’est un livre que l’on peut lire et relire en y trouvant toujours un nouvel intérêt. Primo Levi n’a jamais eu de haine contre les Allemands, ni contre ses tortionnaires qu’il arrivait presque à comprendre ! C’était un humaniste comme on en rencontre très peu, je pense. Pour ce qui est de l’ambiguïté autour de sa mort, je reste persuadée qu’il s’est suicidé pour des raisons de santé graves, et non par accident.
Tout le monde a son avis mais il a emporté son secret avec lui !
Un livres bouleversant qui attendra encore dans ma LAL… j’attends de le trouver d’occaz !
Tu ne devrais pas avoir trop de mal
Que d’émotions pour ce livre terrifiant mais indispensable… C’est une bonne chose que le blogoclub l’ait choisi car je n’aurais pas forcément voté pour lui, et pourtant…
Pour mars, Maudit Karma n’est pas dispo à la bibliothèque, et j’ai déjà lu Saga, alors on verra
Tout pareil et je pense qu’on est nombreux dans le cas !
Très beau billet et en effet, c’est un livre bouleversant qui m’a égalemant beaucoup marquée. Pour ma part, il est certain que je n’aurais pas entrepris cette lecture si ce livre n’avait pas été choisi pour le blogoclub et je serais passé à côté d’un magnifique témoignage.
Pour mars, je vais lire « Maudit Karma ». J’ai lu « Saga » il y a quelques années et j’en garde un souvenir vivace : j’attendrai donc ton avis avec impatience !!
Les lectures seront diversifiées en mars ! Ce n’est pas plus mal finalement !
Je trouve ton article très travaillé, tu as fait une très belle analyse, complète et intéessante avec en plus cette réflexion sur la mort de primo Levi, bravo du beau travail. Je te souhaite une belle année 2010.
En fait, tout est venu tout seul, tellement ce livre m’a remuée ! En ce qui concerne la mort de Primo Levi, comme je le dis dans le billet, je recopie ce qui est indiqué dans Wikipédia. Ce n’est donc pas mon travail
Je suis d’accord avec ton analyse. Ce qui m’a le plus marquée, c’est cette absence de haine.
Oui, c’est marquant !
J’ai eu la même impression que toi : la froideur et la distance dans la façon dont il raconte son histoire. Un roman incontournable, qu’il faut avoir lu ! Pour moi, c’était quand j’étais ado (et je me souviens de où et également du film « la vie est belle » qui sortait à ce moment là). Une lecture marquante.
Je regrette de ne pas l’avoir lu à l’adolescence ! Mais bon, c’est trop tard !
Un livre très émouvant. Je n’en dirais pas plus car étant un livre qui raconte une histoire réelle je ne pense pas avoir le droit de critiquer ou même tout simplement de donner un avis qu’il soit positif ou négatif.
Oui, il est émouvant. Je pense qu’on a le droit de donner son avis même sur une histoire réelle. C’est vrai que ce cas est particulier.
j’ai lu le livre, dans un cadre scolaire. Moi qui est assez intéressée par cette époque, qu’est la seconde guerre mondiale, je crois que jamais je n’avais lu un livre comme celui-ci. On voit bien les étapes de la déshumanisation, de 1933, quand Hitler est nommé chancelier, jusqu’à la fin de la guerre. Et même bien au-delà, jusque quand le dernier homme vivant qui a vécu ces atrocités ne sera plus de ce monde.. On vit durement dans les camps. Mais quand est-il de l’après ?
Mais il reste encore des hommes vivants qui ont vécu ces atrocités. Primo Levi a écrit d’autres livres où il parle de l’après camp. Peut-être peux-tu les lire si le sujet t’intéresse.
Un livre vraiment bouleversant. Par contre je suis assez étonnée que la mort ne soit pas plus présente…
Il parle surtout de sa propre expérience.