“Un monde vacillant” de Cynthia Ozick

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Le roman du déracinement

A la mort de son père, escroc doublé d’un menteur (il lui a fait croire depuis sa naissance que sa mère est morte en la mettant au monde), Rose, 18 ans, trouve un emploi chez les Mitwisser, une famille de réfugiés juifs allemands, qui ont fuit le nazisme. Mais pourquoi a-t-elle été engagée ? Quel est son véritable rôle ? : gouvernante pour les enfants ? Assistante du père ? Elle se retrouve au sein d’une étrange famille dans le Bronx. Les deux époux sont d’anciens éminents universitaires, très respectés à Berlin et qui vivent mal leur exil. Complètement déboussolés par le rejet et l’affront subi dans leur patrie, ils réagissent de manière différente : le père en se plongeant dans un travail absurde sur une ancienne secte juive, les karaïtes, et la mère en se repliant sur elle-même et en s’isolant de sa famille, refusant tout contact avec ses enfants et avec le pays qui l’a accueilli. Elle refuse d’ailleurs de parler anglais. Le couple a 5 enfants : l’ainée Anneliese, froide et autoritaire, mène tout ce petit monde à la baguette. Heinz, Gert et Willi, les trois frères et enfin Waltraut, la sœur cadette, qui a du mal à trouver sa place.
Rose tentera de maintenir le cap dans cette maisonnée, au sein de laquelle elle se sent étrangère. Elle apporte le peu de normalité qui semble y régner. Jusqu’à ce qu’arrive James, celui tant attendu par la famille, sauf par Mme Mitwisser, celui qui leur apportera l’argent. Mais qui est ce James ? Et pourquoi prend-t-il cette famille sous son aile ?

Et dire que j’ai longuement hésité avant de lire ce livre ! J’avais d’abord été tentée par l’article paru dans le magazine « Lire ». Mais dans cette même revue, ils avaient publié le premier chapitre et l’écriture de la romancière m’avait parue sombre et l’histoire telle qu’elle se présentait dans cet extrait ne m’emballait pas. J’étais donc mitigée. Chaque fois que j’allais dans une librairie, je le prenais en mains et je finissais par le reposer dans le rayonnage. J’avoue aussi que la couverture de l’édition de poche me plaisait beaucoup. Je la trouve particulièrement belle et esthétique ! A quoi tiennent nos attirances de lecteurs parfois … Donc, voilà, finalement, il aura fallu la sélection de critiques libres pour me décider ! Et tant mieux, car ce livre a été un presque coup de cœur ! Oui presque, car il y a quand même quelques détails qui ont fait que, bien que cette lecture m’ait vraiment plu, elle n’ait pas été un vrai coup de cœur !

J’ai beaucoup aimé l’écriture de Cynthia Ozick et la façon dont elle déroule son histoire, découvrant progressivement les secrets des uns et des autres, assemblant les pièces du puzzle. « Un monde vacillant » est un de ces livres auquel on pense souvent, qu’on a envie de sortir de son sac pour lire dès qu’on a une minute de libre. Les personnages ne sont pas particulièrement attachants et pourtant, on est curieux de savoir ce qui va leur arriver. Tout au long de ma lecture, j’ai été interpellée par le fait qu’on ne connaît aucun vrai état d’âme des personnages. A part la mère qui réagit de manière très émotionnelle aux événements qui lui arrivent, on a l’impression qu’aucun des personnages ne ressent d’émotion. Même Rose, qui est pourtant la plupart du temps la narratrice, ne semble avoir de ressenti : ni colère, ni tristesse, ni chagrin. Et ce, que ce soit en pensant au décès de ses parents, ou quand son cousin Bertram lui demande de partir ou quand Ninel vient lui réclamer l’argent que Bertram lui avait donné. Elle traverse les épreuves de manière froide et insensible.

Cynthia Ozick met en scène dans ce roman des exilés, des déracinés. Non seulement les Mitwisser, des intellectuels chassés de leur pays, l’Allemagne, qui n’arrivent pas à faire leur place à New-York. Alors qu’ils étaient adulés, admirés, que tous reconnaissaient leur intelligence et leur talent, le nazisme les a chassés. Et à New-York, ils sont anonymes. Mais la romancière montre que ce ne sont pas les seuls à être des déracinés. Rose, orpheline, sans emploi, est assimilée à ces réfugiés. De même que James, le bienfaiteur, qui essaie d’exister par lui-même pour faire oublier le succès de son illustre père.

J’ai malgré tout un point négatif à soulever. La fin m’a un peu déçue, du moins par certains événements qui m’ont semblé incohérents, un peu « venus de nulle part ». Alors que l’ensemble du roman est parfaitement cohérent, la conclusion ne l’est, selon moi, qu’à 50%. Un événement me semble facile et complètement ridicule et m’a gâché mon plaisir. Cela restera quand même un très bon souvenir de lecture mais qui se termine malheureusement sur une mauvaise note.

Lu dans le cadre du Challenge 2008

8 commentaires to ““Un monde vacillant” de Cynthia Ozick”

  1. Karine, le 5 avril 2008 à 15:32

    Tu me fais quand même envie (je crois que la façon dont tu parles des livres me tente toujours!!! J’aime beaucoup!!!) malgré la petite note négative sur la fin. Un autre de noté!

  2. manu, le 6 avril 2008 à 8:13

    C’est gentil ce que tu dis :-). Mais cela dit, c’est très réciproque ! Tu me donnes envie de lire beaucoup de livres aussi ;-)

  3. Cécile, le 6 avril 2008 à 8:59

    La couverture me plait beaucoup aussi et en général, quand je ne connais pas l’auteur, mes choix tiennent beaucoup à ça.

  4. manu, le 6 avril 2008 à 10:42

    Oui, elle est vraiment très belle cette couverture ! D’ailleurs parfois, on est attiré par un livre rien que pour la couverture et on est très déçu par le contenu ! Mais pas cette fois !

  5. Florinette, le 7 avril 2008 à 9:09

    Je n’ai encore rien lu de cette auteure et maintenant j’ai bien envie de m’y mettre !! ;-)

  6. manu, le 7 avril 2008 à 17:06

    Je ne connais rien d’autre de ce qu’elle a écrit mais celui-ci n’est vraiment pas mal !

  7. sheherazade, le 8 avril 2008 à 9:00

    c’est tout à fait exact ce qu’&crit Karine, chère manu = tes critiques/résumés donnent réellement envie de lire les livres dont tu parles.
    :)

  8. manu, le 8 avril 2008 à 17:33

    Merci Shéhérazade ! Je te retourne le compliment. Tu as considérablement fait augmenter ma PAL depuis que je te connais ! ;-)

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