« L’âge des méchancetés » de Fumio Niwa
Umejo a atteint l’âge vénérable de 86 ans mais ce qu’on peut dire, c’est qu’elle est devenue un véritable poids pour ses trois petites filles, qui n’hésitent pas à se la refiler et à être désagréable avec elle. Il faut dire que Umejo, elle-même, n’est pas une vieille dame facile. D’un caractère acariâtre, elle n’hésite pas à voler les objets personnels des membres de sa famille avec une dextérité époustouflante pour une dame de son âge ou à interpeller grossièrement ses hôtes pendant la nuit, voire à leur lancer des malédictions. Atami, le mari de Senko, une de ses trois petites filles, n’en peut plus et menace de ne plus rentrer du bureau si « la vieille » ne quitte pas sa demeure. Senko charge alors sa sœur de prendre leur grand-mère sur son dos pour la conduire chez leur troisième sœur Sachiko, qui a du se réfugier à la campagne, après la destruction de sa maison par les bombardements ennemis. Malgré qu’ils vivent sans électricité avec leurs trois enfants, Sachiko accepte encore une fois, mais est outrée de l’attitude de sa sœur, bien plus riche et à l’aise dans sa grande maison de Tokyo.
L’âge des méchancetés est une courte nouvelle écrite en 47 par un auteur japonais que je ne connaissais pas. Il faut dire qu’il fait partie de cette ancienne génération de romanciers, que l’on peut sans doute davantage rapprocher d’un Mishima que d’un Murakami, par exemple. C’est sans doute pour cette raison que j’ai été autant désarçonnée par cette lecture. On est loin de la poésie que j’aime tant dans la littérature nippone. Au contraire, ce récit est très cynique et met en scène des personnages odieux. J’ai d’ailleurs cru lire davantage un essai en faveur de la création de maisons de retraite qu’un véritable roman. En effet, Fumio Niwa se lance à un certain moment dans un véritable plaidoyer en faveur de la création d’établissements tels qu’il en existe aux Etats-Unis avec des tonnes de références vers des textes et des écrits, comme dans un livre didactique ou un travail d’étudiant. J’ai vraiment eu l’impression qu’il a écrit cette nouvelle pour faire passer une opinion sur la vieillesse et la façon dont étaient traitées les personnes âgées au Japon à l’époque, ainsi que pour proposer les solutions qu’il préconisait.
Pour en revenir à l’histoire, je dois avouer que j’ai beaucoup moins accroché à ce style qu’à celui des auteurs japonais contemporains. Tout comme je n’avais pas été séduite par Mishima il y a quelques années. A la lecture de ce roman, j’ai ressenti beaucoup d’égoïsme de la part des personnages, qui n’ont aucune reconnaissance envers cette grand-mère qui les a élevés. Senko, qui était la préférée, n’a aucune pitié et se débarrasse d’elle, préférant semer la zizanie dans sa famille, plutôt que de renoncer à son confort. Sachiko et son mari, que l’on croit au départ plus gentils, ne sont finalement habités que par l’obligation. Je retire de cette lecture qu’à l’époque aucun respect n’était dû aux ainés dans la société japonaise. L’auteur n’est d’ailleurs pas tendre avec les personnes âgées. Je vous cite, à titres d’exemples, deux phrases : « Umejo était la seule à ne pas se rendre compte à quel point sa vie en était alors arrivée à ne plus avoir de signification » ; « Elle n’était plus qu’un corps dépourvu d’esprit » Et si vous lisez le livre, vous ne serez pas au bout de vos surprises ! Je me demande si Fumio Niwa soupçonnait qu’il atteindrait l’âge de 100 ans et ce qu’il en aurait pensé. D’autant plus, qu’on peut penser que Umejo est atteinte de la maladie d’Alzheimer, dont Niwa a lui-même souffert pendant près de 20 ans.
Au final, une lecture étonnante, riche d’enseignements mais dont le style et la noirceur m’auront profondément déroutée. On peut dire que Fumio Niwa offre une vision de la vieillesse cynique et sans concession. Un livre qui fait froid dans le dos. Je dois bien avouer que je préfère la société japonaise d’aujourd’hui !
Merci à Cynthia qui m’a offert ce livre dans le cadre du Wabi Sabi Swap, organisé par Goelen.
Les avis de Lou, Chaperlipopette, Choupynette, et si d’autres l’ont lu, manifestez-vous !



Je ne lis pas ton billet parce que ce livre est dans ma PAL : j’adore la couverture, je l’ai acheté pour ça !
Pas du tout, du tout certaine que ce soit pour moi!! Les livres plaidoyers, ça finit souvent par m’énerver…
C’est un livre d’un cynisme incroyable sur le poids des personnes âgées dans les familles japonaises. C’est aussi un ouvrage riche d’enseignements sur les traditions japonaises vis-à-vis de leurs aînés. Même si cela peut nous paraître choquant en tant qu’occidentaux, les vieillards étaient parfois abandonnés par les familles qui ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins !
J’ai d’ailleurs cru lire davantage un essai en faveur de la création de maisons de retraite qu’un véritable roman. >> rien à voir et hors contexte, mais cette phrase m’a fait exploser de rire ^^;;;;
Et bien… je dois dire qu’il m’intrigue assez, ce roman… ce serait-ce que parce que j’aime bien les trucs cyniques, une fois de temps en temps. Je note, donc
Sujet trop dur pour moui en ce moment !
Je pense que ça a le mérite d’être originale, une vraie terreur!!! mais si tu nas pas vraiment accrochée, je doute fort que ce soit le cas pour moi, qui m’y connais encore moins que toi en littérature nippone
La collection folio 2€ a encore frappé! C’est certain, ces livres sont géniaux pour découvrir un auteur!
Je ne connais pas grand-chose de la littérature japonaise mais à te lire, je pense que celui-ci n’est sans doute pas le meilleur pour commencer!
Le résumé est tentant mais ton avis semble réservé. Mais vu le prix, on ne perd rien à essayer.
malgré le très intéressant résumé, voilà un livre qui ne m’attire absolument pas
Ys : ah bon, moi je la trouve franchement hideuse
Karine
: cela dit, j’ai l’impression que je suis la seule à le voir comme ça. Et pour le moment, je me sens assez isolée dans mes opinions ! Cf mon billet à venir
Nanne : tout à fait. On sent que tu as apprécié cette lecture ! En as-tu fait un billet ? Je ne l’ai pas trouvé.
Andromède : ravie de t’avoir fait rire
Je te l’envoie si tu veux !
freude : je te comprends.
Lael : cela dit, les goûts et les couleurs. Les autres avis que j’ai mis en lien étaient plus positifs.
Pimprenelle : de mon avis, non ! Mais encore une fois, les goûts et les couleurs
Stephie : en effet !
sheherazade : ah bon, je te l’aurais volontiers envoyé pourtant
Une lecture parfois éprouvante, souvent dérangeante mais au final émouvante.
Je suis contente de voir ce court roman sur la blogosphère!
Je dois dire que je ne l’ai pas trouvée aussi émouvante que toi.
Rouh, en regardant la couverture dans mon google reader, je l’ai trouvée très dérangeante …
En lisant Mishima, j’ai souvent été désarçonnée … je comprends très bien ce que tu as pu ressentir en lisant cette histoire.
oui, elle n’est vraiment pas belle cette couverture ! Ah Mishima, encore un écrivain bien particulier.
Bon je passe mon tour alors. Déjà que je ne suis pas une experte en littérature japonaise, je n’ai pas du tout envie de me plonger dans ce livre !
Ah bon ?
Je ne t’en ai pas donné envie ??? Ben zut alors. Je te comprends, je ne pense pas que ce soit l’idéal pour découvrir la littérature japonaise
personnellement, je trouve la couverture affreuse, rien que ça ne me donne pas envie d’ouvrir le livre
Elle est en effet hideuse ! Mais cela sert assez le propose, je trouve !
Je n’ai pas encore publié mon billet sur ce petit livre. Mais cela va venir très vite ! Je suis en retard de billets …
J’ai hâte de lire ton avis !
Tout comme toi… dérangeant comme lecture!
Oh que oui !